From: Subject: martyrs Date: Fri, 22 Jun 2007 22:01:30 +0200 MIME-Version: 1.0 Content-Type: text/html; charset="Windows-1252" Content-Transfer-Encoding: quoted-printable Content-Location: http://www.albouraq.org/bibliotheque/livres/recikrbl.htm X-MimeOLE: Produced By Microsoft MimeOLE V6.00.2900.3138 martyrs

R=E9cit du Martyre de l'Imam Houssein

 

L'Imam Ali - Que la Paix de Dieu soit sur lui - a = racont=E9 :"Un=20 jour, en entrant chez le Messager de Dieu - Que Dieu prie sur lui et sur = sa=20 Famille, j'ai vu que ses yeux d=E9bordaient de larmes. Je lui ai = demand=E9 :-=20 Qu'est-ce qui te fait pleurer, =F4 Messager de Dieu ?

- L'Ange Jibra=EFl vient de me quitter. IL m'a = inform=E9 que=20 Houssein serait tu=E9 pr=E8s de l'Euphrate... Veux-tu sentir la terre = o=F9 il sera tu=E9=20 ? Il tendit la main, ramassa une poign=E9e de terre et me la donna. = Alors je n'ai=20 pu emp=EAcher mes larmes de couler..." (rapport=E9 par Ahmad ibn = Hanbal)

***

Habitants de Koufa ! Obeidoullah, fils de Ziyad, = votre=20 Gouverneur, a ordonn=E9 l'arrestation de Mouslim le fils d'Aqil, = l'envoy=E9 de=20 Houssein fils d'Ali, qui a refus=E9 de jurer ob=E9issanceau Calife. = Quiconque aidera=20 Mouslim fils d'Aqil, d'une fa=E7on ou d'une autre, sera consid=E9r=E9 = comme rebelle=20 envers le Calife. Il sera pendu et =E9cartel=E9, toute sa famille = ex=E9cut=E9e, et tous=20 ses biens confisqu=E9s. Que ceux qui ont aid=E9 Mouslim dans le pass=E9, = et qui se=20 repentent fournissent =E0 la police des indices permettant de = d=E9couvrir la=20 cachette du rebelle. Ils b=E9n=E9ficieront de la cl=E9mence du = Gouverneur Obeidoullah=20 !

Le crieur public s'=E9loigna, pour aller d=E9livrer = son message en=20 un autre endroit de la ville. L'Azane appelant =E0 la Pri=E8re du = Maghreb avait=20 succ=E9d=E9 =E0 la proclamation. Mouslim se mit debout, et leva les bras = pour le=20 Takbir d'entr=E9e dans la Pri=E8re. Quand il eut achev=E9 celle-ci, il = se retourna. La=20 Mosqu=E9e =E9tait vide. Un homme, un seul, Hani fils d Orwah qui = h=E9bergeait Mouslim,=20 avait pri=E9 derri=E8re lui. Tous les autres s'=E9taient =E9clips=E9s, = l'un apr=E8s=20 l'autre... Les deux hommes =E9chang=E8rent quelques mots. Hani sortit de = la Mosqu=E9e=20 pour conduire en lieu s=FBr les deux jeunes fils de Mouslim, avant de = tenter de=20 quitter Koufa pour alerter au plus vite l'Imam Houssein. Mais =E0 peine = avait-il=20 rejoint sa maison que celle-ci fut encercl=E9e par les hommes = d'Obeidoullah. Hani=20 se d=E9fendit avec courage, mais tr=E8s vite il succomba sous le nombre. = Il fut=20 encha=EEn=E9, et tra=EEn=E9 au palais du Gouverneur. D=E8s que la = nouvelle de son=20 arrestation fut connue, les guerriers de la tribu des Mazij, dont Hani = =E9tait le=20 chef, entour=E8rent le palais, exigeant sa lib=E9ration. Obeidoullah dut = ruser et il=20 leur promit qu'il serait bien trait=E9 et qu'ils n'avaient pas =E0 = s'inqui=E9ter pour=20 lui.

Pendant ce temps Mouslim avait quitt=E9 la Mosqu=E9e. = IL errait au=20 hasard dans les ruelles de Koufa, ne sachant o=F9 se cacher pour passer = la nuit.=20 Il s'arr=EAta pr=E8s d'une maison, et s'assit pour se reposer un peu. La = porte de la=20 maison s'ouvrit. Une vieille dame apparut : Que veux-tu, =E9tranger ? = Que=20 cherches-tu par ici =E0 cette heure tardive ?

- J'ai soif ! Peux-tu m'offrir un peu d'eau ?

La vieille dame rentra dans la maison, puis ressortit = avec un=20 bol plein d'eau qu'elle tendit =E0 Mouslim. Celui-ci remercia, but, et = resta=20 assis.

- Pourquoi ne te l=E8ves-tu pas ? Pourquoi ne t'en = vas-tu pas ?=20 Qui es-tu ?

- Je ne sais pas o=F9 aller. Je suis =E9tranger... Je = viens de la=20 ville de l'Envoy=E9 de Dieu. Je suis ici depuis quelques semaines, =E0 = l'invitation=20 des habitants de Koufa. Ils =E9taient plusieurs milliers =E0 m'acclamer = quand je=20 suis arriv=E9. Aujourd'hui, pas un seul n'accepterait que je p=E9n=E8tre = dans sa=20 maison...

- Tu es Mouslim ! Tu es celui que la police recherche = ! Entre=20 vite dans ma maison ! Que Dieu te b=E9nisse, ma m=E8re ! Mais je ne peux = accepter=20 ton offre, tu courrais un danger trop grand.

- Entre, te dis je ! Tu es l'envoy=E9 de Houssein ! = Tu es le=20 cousin et l'homme de confiance de mon Imam! Comment pourrais je = affronter Fatima=20 la Resplendissante, le Jour du Jugement, quand elle me dira : "Tawah, = l'envoy=E9=20 de mon Houssein est venu vers toi, pourchass=E9 par la police de Yazid, = sans ami,=20 sans d=E9fenseur, et tu l'as repouss=E9..." Entre te cacher chez moi, = mon enfant=20 !

Mouslim entra. IL se cacha dans un coin de la maison. = Comme=20 s'il pressentait que cette nuit =E9tait sa derni=E8re nuit, il d=E9cida = de veiller en=20 Pri=E8re.

Quand le fils de Tawah rentra =E0 la maison, la = vieille dame ne=20 sut pas lui cacher qu'elle avait offert asile =E0 l'homme que toutes les = polices=20 du Calife recherchaient. Endormant la m=E9fiance de sa m=E8re par un = mensonge, le=20 tra=EEtre trouva un pr=E9texte pour sortir en pleine nuit. Il se = pr=E9cipita au palais=20 d'Obeidoullah. Quand il retourna chez lui, soixante dix hommes arm=E9s = jusqu'aux=20 dents l'accompagnaient. Mouslim entendit le pas des chevaux. Il comprit = ce qui=20 se passait. Il se leva d'un bond, l'=E9p=E9e =E0 la main, et se = pr=E9cipita vers la=20 porte. Tawah aussi avait entendu, et elle avait compris que son fils les = avait=20 trahis. Elle supplia Mouslim de ne pas douter d'elle, et il l'assura = qu'il =E9tait=20 convaincu de sa sinc=E9rit=E9.

Mouslim bondit dans la ruelle. IL se retrouva face = =E0 face avec=20 les hommes de main d'Obeidoullah. Pendant plusieurs heures il se battit = contre=20 ceux qui venaient l'arr=EAter. Ceux-ci, impuissants =E0 le vaincre = bless=E8rent en lui=20 lan=E7ant de loin des fl=E8ches, des pierres, des objets enflamm=E9s. = Puis ils=20 l'oblig=E8rent =E0 se replier vers un endroit o=F9 ils avaient creus=E9 = un pi=E8ge dans le=20 sol. Ils purent ainsi s'emparer de lui.

Mouslim fut conduit au palais du Gouverneur. = Obeidoullah=20 ordonna qu'on lui tranche la t=EAte. Puis le corps du premier Martyr du=20 Soul=E8vement de l'Imam Houssein fut jet=E9 du haut des murailles du = palais.

Hani fut conduit au march=E9 aux moutons de Koufa, = pour y =EAtre=20 lui aussi d=E9capit=E9. Il appela les membres de sa tribu :

A moi les Mazij ! Je suis Hani fils d'Orwah, votre = chef ! N'y=20 a-t-il donc aucun Mazij pour venir me d=E9fendre aujourd'hui ?

Mais le climat de terreur qu'Obeidoullah faisait = r=E9gner depuis=20 quelques jours commen=E7ait =E0 produire ses effets. La rumeur courait = aussi que=20 l'arm=E9e de Damas =E9tait presque aux portes de la ville. Cent mille = hommes appel=E9s=20 en renfort=85 Pas un seul Mazij ne vint au secours de son chef. La = t=EAte de Hani=20 aussi fut tranch=E9e.

Les corps des deux Martyrs furent tra=EEn=E9s = derri=E8re des chevaux=20 dans les rues de Koufa, pour effrayer davantage la population. Leurs = t=EAtes=20 furent envoy=E9es =E0 Damas, en cadeau, =E0 Yazid, le Calife = omayyade.

***

Avant l'arriv=E9e =E0 Koufa d'Obeidoullah, le = Gouverneur nomm=E9 par=20 Yazid, et de ses troupes, Mouslim avait =E9crit =E0 l'Imam Houssein pour = l'informer=20 de l'avancement de la mission dont celui-ci l'avait charg=E9. Les = habitants de=20 Koufa, et ceux d'autres villes d'Iraq, avaient envoy=E9 lettres et = d=E9l=E9gations =E0=20 l'Imam Houssein:

- Nous t'attendons, =F4 fils de l'Envoy=E9 de Dieu ! = Nous ne=20 voulons pas d'autre Calife que toi ! Viens, mets-toi =E0 la t=EAte de = nos arm=E9es.=20 Viens ! Ne nous abandonne pas !

Mais il fallait =EAtre prudent. Les gens de l'Iraq = avaient d=E9j=E0=20 trahi et l'Imam Ali et l'Imam Hassan. Mouslim devait appr=E9cier le = degr=E9 de=20 sinc=E9rit=E9 de ces messages, et organiser la venue =E0 Koufa de = l'Imam. La situation=20 lui avait paru propice =E0 un soul=E8vement, et il en avait inform=E9 = son cousin,=20 l'Imam Houssein.

Quand il avait re=E7u la lettre de Mouslim, l'Imam = Houssein avait=20 d=E9cid=E9 de partir sans plus attendre. Il avait toute confiance en son = cousin. IL=20 craignait d'autre part que Yazid fils de Moawiyah, le Calife omayyade, = ne le=20 fasse assassiner =E0 La Mecque. Et il ne voulait pas que la Ville = Sainte, o=F9 il=20 est interdit de tuer m=EAme un insecte, soit profan=E9e par son propre = sang.

Il avait donc quitt=E9 l'enceinte sacr=E9e le 8 du = mois de=20 Zoul-Hijja de l'an 60 de l'h=E9gire, la veille du Jour d'Arafat. A = quelqu'un qui=20 s'=E9tonnait qu'il n'attende pas la fin du P=E8lerinage, il avait = r=E9pondu qu'il=20 allait s'offrir lui-m=EAme en Sacrifice, en Iraq.

En chemin, il rencontra des p=E8lerins qui lui = donn=E8rent quelques=20 informations :

- Les c=9Curs des gens sont avec toi, mais leurs = =E9p=E9es sont=20 plut=F4t du c=F4t=E9 des Omayyades... Apr=E8s tout, c'est au Ciel que se = d=E9cide le=20 destin, et Dieu fait ce qu'IL veut !

A mesure qu'il avan=E7ait vers l'Iraq, le cort=E8ge = qui=20 accompagnait l'Imam Houssein grossissait. Un messager fut envoy=E9 =E0 = Koufa.=20 Captur=E9, il lui fut ordonn=E9, en =E9change de la vie sauve, de monter = en chaire =E0=20 la Mosqu=E9e et d'y injurier le petit-fils du Proph=E8te. Mais au lieu = de cela, le=20 courageux compagnon de l'Imam appela les gens =E0 se soulever contre = Obeidoullah=20 et son ma=EEtre Yazid. Il fut jet=E9 vivant du haut des murs du palais. = Un second=20 messager de l'Imam Houssein subit le m=EAme sort. Des nouvelles sur la = r=E9alit=E9 de=20 la situation parvinrent enfin =E0 l'Imam Houssein. IL ordonna de faire = halte, et=20 s'adressa =E0 ceux qui l'accompagnaient :

- Nos Partisans nous ont abandonn=E9s. Que ceux qui = veulent s'en=20 aller s'en retournent chez eux. Ils n'ont pas d'obligation envers = nous.

Tous ceux qui avaient rejoint le cort=E8ge en cours = de route se=20 dispers=E8rent. Seuls rest=E8rent avec l'Imam Houssein les proches et = les Chiites=20 qui l'accompagnaient depuis La Mecque, ainsi que les femmes et les = enfants de la=20 Famille du Proph=E8te.

L'Imam Houssein et ses compagnons reprirent leur = marche. Ils=20 furent bient=F4t intercept=E9s par un premier d=E9tachement de l'arm=E9e = de Yazid, et=20 contraints de changer de route. Le 2 du mois de Mohamam de l'an 61 de = l'h=E9gire,=20 ils se heurt=E8rent =E0 un autre corps d'arm=E9e fort de quatre mille = hommes. Ils=20 furent oblig=E9s de s'arr=EAter.- Comment s'appelle cet endroit, demanda = l'Imam=20 Houssein ?- Karbala !- O mon Dieu ! Je cherche Ta Protection contre = l'affliction=20 [Karb] et le malheur [Bala] !

Et il ajouta :

Descendez de vos montures. Nous sommes arriv=E9s au terme de notre = voyage.=20 C'est ici que nous allons verser notre sang et que nous serons = enterr=E9s. C'est=20 ce que m'a confi=E9 mon grand-p=E8re, l'Envoy=E9 de Dieu! Le 7 Moharram, = l'arm=E9e prit=20 position pour emp=EAcher les compagnons de l'Imam Houssein d'acc=E9der = =E0 !'Euphrate=20 et les priver ainsi d'eau. Le 8 Moharram, les hommes de Yazid se = rapproch=E8rent=20 du campement de l'Imam, et au fil des heures montr=E8rent de plus en = plus=20 d'agressivit=E9. Ils tenaient leurs =E9p=E9es et leur lances pr=EAtes, = comme s'ils=20 allaient donner l'assaut. Les incidents se multipliaient.

L'Imam Houssein envoya son fr=E8re Abbas leur demander ce qu'ils = voulaient=20 exactement:

- Que Houssein se soumette ! Qu'il jure fid=E9lit=E9 = au Calife,=20 sinon nous le combattrons !

Le soir du 9 Moharram, l'Imam Houssein chargea Abbas de n=E9gocier un = ultime=20 d=E9lai. L'Imam et ses compagnons pourraient ainsi jouir d'une = derni=E8re nuit pour=20 se pr=E9parer au Martyre.

***

La nuit se passa en Pri=E8re. Les compagnons de l'Imam Houssein se = faisaient=20 les uns aux autres leurs derni=E8res recommandations. L'Imam r=E9unit = tous ceux qui=20 l'accompagnaient. Il leur dit que ses ennemis n'en voulaient qu'=E0 lui = seul, et=20 il leur proposa de profiter de l'obscurit=E9 pour s'enfuir. Il = =E9teignit m=EAme les=20 lampes afin que quiconque voudrait partir puisse le faire sans =EAtre vu = de ses=20 compagnons.

Aucun n'accepta d'abandonner son Imam ! Tous voulaient mourir avec = lui, et=20 =EAtre avec lui au Paradis.

Au milieu de la nuit, l'un des commandants de l'arm=E9e de Yazid, = Hour,=20 celui-l=E0 m=EAme qui avait forc=E9 l'Imam Houssein =E0 changer de route = et =E0 se diriger=20 vers Karbala, s'approcha du camp. Son fils et son esclave (qu'il aimait = autant=20 que son fils) l'accompagnaient. Lors de leur premi=E8re rencontre, au = milieu du=20 d=E9sert, l'Imam Houssein avait offert =E0 Hour et =E0 ses soldats = assoiff=E9s l'eau=20 dont il disposait. Ils avait m=EAme donn=E9 =E0 boire =E0 leurs chevaux = =E9puis=E9s. Et=20 depuis trois jours maintenant que le campement de l'Imam =E9tait priv=E9 = d'eau, les=20 femmes et surtout les enfants souffraient terriblement de la soif. Et le = lendemain, =E0 l'aube, l'assaut allait =EAtre donn=E9, le petit-fils du = Proph=E8te et=20 ses compagnons massacr=E9s... Hour ne se pardonnait pas son r=F4le dans = cette=20 affaire. Le repentir avait envahi son =E2me, et il ne songeait plus = qu'=E0 ce qu'il=20 aurait =E0 r=E9pondre =E0 la terrible question que ne manquerait pas de = lui poser son=20 Cr=E9ateur le Jour du Jugement. IL lui fallait choisir clairement entre = l'Enfer et=20 le Paradis. Peut-=EAtre =E9tait-il encore temps d'obtenir le Pardon... = IL n'y avait=20 pas =E0 h=E9siter. Quand il fut en pr=E9sence de l'Imam Houssein. Hour = tomba =E0 genoux.=20 Sa voix =E9tait entrecoup=E9e de sanglots:

- Fils du Proph=E8te, pardonne-moi ! Je ne pensais = pas que mon=20 action aurait de telles cons=E9quences. Permets-moi de me racheter en = d=E9fendant ta=20 vie, et que mon fils que voici d=E9fende la vie de tes fils!

L'Imam Houssein releva Hour et, le serrant dans ses = bras,=20 l'embrassa:

- Hour, mon ami ! Je n'ai pas le moindre bl=E2me =E0 = t'adresser.=20 Ton courage et ton d=E9sint=E9r=EAt pour les choses de ce bas-monde ont = ajout=E9 =E0 ta=20 valeur morale. Tu es mon invit=E9 ! Pardonne-moi de ne pouvoir rien = t'offrir, ni =E0=20 manger, ni =E0 boire ! La veill=E9e de Pri=E8re se poursuivit. Les = compagnons de=20 l'Imam Houssein entouraient celui-ci, et tous s'attachaient =E0 se = rappeler leur=20 Cr=E9ateur. Ils se promirent les uns aux autres que, tant qu'ils = seraient en vie,=20 ils feraient tout leur possible pour qu'aucun mal ne soit fait au = petit-fils du=20 Saint Proph=E8te.

L'aube arriva. Ali Akbar, l'un des fils de l'Imam = Houssein,=20 r=E9cita l'Azane. Une vol=E9e de fl=E8ches, tir=E9es par l'arm=E9e de = Yazid, lui r=E9pondit.=20 Les compagnons de l'Imam se s=E9par=E8rent en deux groupes. Pendant que = les uns=20 priaient derri=E8re lui, les autres se tenaient debout, serr=E9s l'un = contre l'autre=20 faisant =E0 ceux qui priaient un rempart de leurs corps, tant et si bien = qu'aucune=20 fl=E8che n'atteignit ceux-ci. Les h=E9ros qui formaient ce bouclier = vivant=20 recevaient dans leur chair, sans d=E9faillir, sans une plainte, cette = pluie de=20 fl=E8ches ac=E9r=E9es... Quand tous eurent fini d'accomplir la Pri=E8re = de l'Aube,=20 vingt-trois des soixante-dix-sept compagnons de l'Imam Houssein = =E9taient=20 gri=E8vement bless=E9s !

Le soleil se leva. Les tambours de guerre de = l'arm=E9e omayyade=20 commenc=E8rent =E0 retentir. En m=EAme temps, pr=E8s de cinq mille = soldats assoiff=E9s de=20 sang cri=E8rent =E0 l'Imam Houssein d'envoyer au combat ses hommes... = ses=20 soixante-dix-sept courageux compagnons !

Le Jour d'Achoura commen=E7ait...

***

Avant que la bataille ne s'engage, l'Imam Houssein = essaya une=20 derni=E8re fois de raisonner les assaillants, dans l'espoir d'=E9viter = =E0 ceux qui ne=20 se seraient pas rendu compte de la gravit=E9 de ce qu'ils allaient = faire, de=20 participer =E0 un crime et un p=E9ch=E9 impardonnables. Il leur rappela = les milliers=20 de messages que les leurs lui avaient envoy=E9s pour l'inviter =E0 venir = en Iraq et=20 lui pr=EAter serment d'all=E9geance, pour d=E9fendre =E0 ses cot=E9s le = Message de=20 l'Islam. Mais ses discours furent vains. Ses appels path=E9tiques ne = furent pas=20 entendus par ces hommes =E9pris d'argent et assoiff=E9s de pouvoir.

L'Imam Houssein ne d=E9sesp=E9ra pas. Il fit avancer = encore un peu=20 son cheval, plus pr=E8s de l'arm=E9e omayyade. Il leva le Saint Coran et = dit :=20 "Soldats de Yazid ! Nous avons en commun le Livre de Dieu et la Sounna = de mon=20 grand-p=E8re, le Messager de Dieu !" . Personne ne r=E9agit. Il insista = : "Ne=20 voyez-vous pas que je porte l'=E9p=E9e du Messager de Dieu, son = v=EAtement de guerre,=20 et son propre turban ?

- Oui, nous voyons cela.

- Pourquoi donc alors voulez-vous me combattre ?

Pour ob=E9ir aux ordres de notre Ma=EEtre, = Obeidoullah fils de=20 Ziyad !

Alors l'Imam Houssein s'adressa =E0 Omar fils de = Saad, le=20 commandant de l'arm=E9e de Yazid : "Omar ! Tu veux me tuer pour que = celui qui a=20 usurp=E9 le Califat te nomme Gouverneur de la moiti=E9 de la Perse. Par = Dieu ! Tu=20 n'auras pas ce plaisir. Fais-moi ce que tu comptes me faire. Mais je te = jure que=20 jamais apr=E8s ma mort tu ne conna=EEtras de joie, ni dans ce monde, ni = dans l'autre=20 ! Je vois ta t=EAte attach=E9e =E0 un b=E2ton, et les enfants de Koufa = jouant=20 avec...

Exasp=E9r=E9 par cette pr=E9diction, 0mar fils de = Saad tourna les=20 talons. Il prit son arc, y pla=E7a une fl=E8che et tira, en criant : " = Soyez tous=20 t=E9moins que je suis le premier =E0 avoir tir=E9 !

***

Hour supplia l'Imam Houssein de lui permettre, ainsi = qu'=E0 son=20 fils et =E0 son esclave, d'=EAtre les premiers =E0 combattre. Sans doute = esp=E9rait-il=20 convaincre les mille hommes plac=E9s sous son commandement de le = rejoindre et de=20 soutenir le petit-fils de l'Envoy=E9 de Dieu. Peut-=EAtre alors les = autres soldats=20 se rallieraient-ils =E0 eux. 0u du moins peut-=EAtre h=E9siteraient-ils = =E0 combattre un=20 ennemi autrement plus nombreux que celui qu'ils s'appr=EAtaient =E0 = affronter. Hour=20 pouvait esp=E9rer emp=EAcher de la sorte qu'ait lieu le massacre qu'il = avait=20 contribu=E9 =E0 pr=E9parer.

L'Imam Houssein ayant donn=E9 son accord, Hour, son = fils et son=20 esclave se mirent en selle et s'avanc=E8rent vers les lignes ennemies. = Ils firent=20 halte lorsqu'ils furent tout pr=E8s de l'arm=E9e de Yazid. Hour = commen=E7a =E0 haranguer=20 ses anciens hommes. Il leur parlait avec une grande =E9loquence, = appuyant son=20 argumentation sur de nombreux Versets du Coran. Il leur expliquait = pourquoi il=20 avait choisi de se ranger du cot=E9 de la V=E9rit=E9 et de la Justice, = sous la=20 banni=E8re de l'Imam Houssein, et les pressait de r=E9fl=E9chir aux = cons=E9quences qui=20 ne manqueraient pas de r=E9sulter pour eux du fait de combattre et de = tuer le=20 petit-fils du Proph=E8te, que celui-ci avait tant aim=E9.

Il leur parlait du choix qu'il leur fallait faire = entre le=20 Paradis et l'Enfer... Ses paroles avaient un effet extraordinaire sur = ses=20 anciens soldats. Chimr fils de Jawchane, l'un des chef de l'arm=E9e = omayyade=20 voyant le changement qui s'op=E9rait dans le c=9Cur et l'esprit des = hommes. IL=20 pressa Omar fils de Saad, le commandant en chef de l'arm=E9e, d'attaquer = en masse=20 et imm=E9diatement les trois hommes, car la situation risquait fort de = se=20 retourner en faveur de l'Imam Houssein ! Une r=E9compense fabuleuse fut = promise =E0=20 ceux qui tueraient Hour et ses deux compagnons.

Les trois hommes firent preuve de tant de vaillance = et=20 d'adresse qu'il tu=E8rent =E0 eux seuls des dizaines d'ennemis. Le fils = de Hour fut=20 tu=E9 le premier, puis ce fut le tour de son esclave. Hour continuait de = faire des=20 ravages dans les rangs de l'arm=E9e de Yazid. Mais ses nombreuses = blessures lui=20 avaient fait perdre beaucoup de sang. IL fut pris d'=E9tourdissement et = tomba de=20 cheval. A l'heure de la mort, il souhaita entendre encore une fois de la = bouche=20 de l'Imam Houssein l'assurance que celui-ci lui avait pardonn=E9. Aussi=20 l'appela-t-il de toutes ses forces, avant de perdre connaissance.

Quand ils entendirent le cri de Hour, l'Imam Houssein = et Abbas=20 bondirent sur leurs chevaux. Sabre au poing, ils travers=E8rent les = rangs ennemis,=20 jusqu'=E0 l'endroit o=F9 gisait Hour. L'Imam Houssein y parvint le = premier. IL=20 souleva la t=EAte de Hour et la posa sur ses genoux. Puis il essuya le = sang qui=20 couvrait son visage et pansa la large blessure ouverte dans son cr=E2ne = en se=20 servant d'une =E9charpe que Fatima (as) sa m=E8re avait tiss=E9 = elle-m=EAme. Hour ouvrit=20 les yeux. IL =E9tait incapable de parler, mais il fixa ses yeux droit = dans ceux de=20 l'Imam. Celui-ci comprit ce que le mourant voulait savoir. Il posa sa = main sur=20 la t=EAte de Hour, en priant :

- Que Dieu t'accorde Ses B=E9n=E9dictions pour ce que = tu as=20 accompli aujourd'hui pour me d=E9fendre ! En entendant ces mots, Hour = poussa son=20 dernier soupir, sa t=EAte reposant toujours sur les genoux de l'Imam = Houssein.=20 Celui-ci et Abbas soulev=E8rent le corps sans vie, et le = transport=E8rent jusqu'au=20 campement.

Apr=E8s Hour vint le tour de chacun des vaillants et = d=E9vou=E9s=20 Chiites de l'Imam Houssein. Chacun d'eux revendiquait l'honneur de = sacrifier sa=20 vie en premier. Chacun d'eux brillait du d=E9sir de mourir en = d=E9fendant la vie du=20 petit-fils de l'Envoy=E9 de Dieu et celle de ses proches qu'ils aimaient = plus=20 qu'eux m=EAmes et que leurs propres parents !

***

Habib fils de Mazahir =E9tait attach=E9 =E0 l'Imam = Houssein depuis sa=20 plus tendre enfance. Un jour, =E0 M=E9dine, quand Habib avait = peut-=EAtre huit ans, le=20 Saint Proph=E8te =E9tait pass=E9 pr=E8s d'un groupe d'enfants en train = de jouer. Habib=20 =E9tait du nombre. Le Proph=E8te l'avait attrap=E9, soulev=E9 dans ses = bras, et embrass=E9=20 avec tant d'amour que les Compagnons pr=E9sents s'en =E9taient = =E9tonn=E9s. Certes=20 chacun connaissait l'affection que l'Envoy=E9 de Dieu portait aux = enfants. Mais=20 pourquoi de telles d=E9monstrations envers cet, enfant anonyme en = particulier.=20 Alors le Saint Proph=E8te, les, yeux noy=E9s de larmes, avait = d=E9clar=E9 :

- J'ai vu de mes yeux Habib suivre avec d=E9votion = Houssein o=F9=20 qu'il aille. Je l'ai vu embrasser le sol foul=E9 par Houssein. Et je = vois un jour=20 o=F9 m=EAme enfant montrera son amour pour Houssein d'une mani=E8re qui = rendra son nom=20 immortel !

Quand il =E9tait arriv=E9 =E0 Karbala,la premi=E8re = chose qu'avait=20 faite l'Imam Houssein avait =E9t=E9 d'=E9crire =E0 Habib, qui se = trouvait =E0 Koufa, pour=20 l'informer de la situation dans laquelle il se trouvait.

A peine avait-il re=E7u la lettre de l'Imam Houssein = que Habib=20 avait d=E9cid=E9 de voler =E0 son secours. IL informa son =E9pouse de sa = d=E9cision, lui=20 offrant de lui rendre sa libert=E9, si elle le souhaitait, et de lui = donner tous=20 les biens qu'il poss=E9dait. La noble dame lui r=E9pondit :

- Je suis fi=E8re de la d=E9cision que tu as prise de = sacrifier ta=20 vie pour d=E9fendre l'Imam Houssein. Tu =E9tais heureux que le = petit-fils du=20 Proph=E8te te consid=E8re comme son ami d'enfance, et il a bien montr=E9 = combien il a=20 confiance en toi, puisque, =E0 toi seul il a =E9crit pour demander du = secours =E0=20 l'heure du besoin ! Va donc, et que Dieu te garde !

Habib n'avait plus qu'une pens=E9e atteindre Karbala = aussi vite=20 que possible, arriver =E0 temps pour d=E9fendre son Imam. Il mit dans la = confidence=20 son esclave, =E0 qui il confia le soin de conduire son cheval en un = certain=20 endroit, d'o=F9 il partirait pour Karbala la nuit m=EAme. Quand il = arriva pr=E8s de=20 l'endroit du rendez-vous, il entendit son esclave s'impatienter :

- Comment se fait-il que mon ma=EEtre tarde tant = ?

A-t-il =E9t=E9 arr=EAt=E9. Si c'est le cas, je vais = moi-m=EAme partir=20 retrouver l'Imam Houssein pour l'assurer que mon ma=EEtre ne l'a pas = abandonn=E9,=20 mais qu'il a =E9t=E9 emp=EAch=E9 de venir. Ce serait la r=E9ussite de ma = vie si je pouvais=20 combattre alors, et verser mon sang pour le petit-fils de l'Envoy=E9 de = Dieu !

Habib appela les B=E9n=E9dictions de Dieu sur son = esclave, et il=20 l'affranchit sur-le-champ. IL atteignit le campement de l'Imam Houssein = dans la=20 nuit du 9 au10 Moharram. L'Imam avait distribu=E9 les armes =E0 ses = compagnons, et=20 avait gard=E9 un =E9quipement complet en r=E9serve. Quelqu'un lui = demanda pour quelle=20 raison il ne distribuait pas ces armes aussi. L'Imam Houssein r=E9pondit = : "Habib,=20 le plus cher de tous mes amis, va venir : je l'ai appel=E9 ! Ces armes = seront les=20 siennes.

Habib se battit comme seuls se battent ceux que la = Foi anime.=20 Et quand il re=E7ut le Martyre, il expira le c=9Cur satisfait de n'avoir = pas d=E9=E7u=20 celui qu'il aimait tant.

***

Mouslim fils d'Awsaja =E9tait un v=E9n=E9rable = Compagnon du Saint=20 Proph=E8te. IL =E9tait ag=E9 de plus de quatre-vingt-dix ans. Le poids = des ans avait=20 courb=E9 son =E9chine, mais en rien affaibli le z=E8le avec lequel il = servait la cause=20 de la V=E9rit=E9.

IL avait vu le Saint Proph=E8te embrasser avec amour = son=20 petit-fils Houssein. Il avait vu le Saint Proph=E8te descendre = pr=E9cipitamment de=20 sa chaire dans la Mosqu=E9e de M=E9dine, interrompant son sermon pour = prendre dans=20 ses bras et consoler Houssein qui =E9tait tomb=E9 apr=E8s s'=EAtre pris = les pieds dans=20 un tapis de fibres de palmier. Il avait vu, un jour de l'Aid, le Saint = Proph=E8te=20 courir dans les rues de M=E9dine en portant sur ses =E9paules, en m=EAme = temps, Hassan=20 et Houssein, et en imitant le cri du chameau, parce que les enfants = voulaient=20 faire une promenade sur le dos de cet animal. Un Compagnon du Saint = proph=E8te=20 s'=E9tait alors exclam=E9 :- Quelle merveilleuse monture ces deux = enfants ont=20 trouv=E9e !

- Non, avait r=E9pondu le Proph=E8te ! Dis plut=F4t : = de quels=20 merveilleux cavaliers j'ai =E9t=E9 gratifi=E9!

Ce v=E9n=E9rable t=E9moin de la R=E9v=E9lation, ce = fid=E8le Chiite de=20 l'Imam Ali, puis de l'Imam Hassan, puis de l'Imam Houssein, ne pouvait = imaginer=20 un seul instant qu'il lui faille abandonner son Imam en un moment aussi=20 critique. L'Imam, quant =E0 lui, faisait tout son possible pour tenter = de le=20 convaincre qu'=E0 son =E2ge il n'=E9tait pas pensable qu'il aille au = combat. Mais si=20 l'=E2ge avait us=E9 les forces de Mouslim,la flamme de l'amour pour la = Famille du=20 Proph=E8te, qui consumait son =E0me,le soutenait et ajoutait =E0 son = inflexible=20 d=E9termination de d=E9fendre celui qu'il avait vu le proph=E8te = embrasser tant de=20 fois. A quatre-vingt-dix ans pass=E9s, Mouslim se jeta dans la bataille, = et offrit=20 jusqu'=E0 sa derni=E8re goutte de sang pour d=E9fendre l'Imam = Houssein.

***

Borair Hamadani =E9tait un guerrier intr=E9pide. Ses = prouesses dans=20 les duels l'avaient rendu l=E9gendaire. Quand il avait compris qu'Omar = fls de Saad=20 et ses soldats avaient l'intention de tuer l'Imam Houssein, il s'=E9tait = jur=E9 de=20 leur faire go=FBter de son =E9p=E9e, cette =E9p=E9e qui avait sem=E9 la = terreur dans les=20 c=9Curs de tant de valeureux guerriers... L'Imam Houssein avait eu = toutes les=20 peines du monde =E0 le retenir, et =E0 lui faire comprendre que son = intention=20 n'=E9tait pas d'attaquer l'ennemi, mais de mourir en Martyrs.

C'est Borair Hamadani qui avait r=E9uni tous les = compagnons de=20 l'Imam Houssein, et qui les avait mis en garde contre une possible = attaque=20 surprise pendant la nuit :

- Si le petit-fils de l'Envoy=E9 de Dieu =E9tait = tu=E9 de la sorte,=20 alors que nous-m=EAmes serions encore en vie, la honte et le = d=E9shonneur=20 s'attacheraient =E0 nous jusqu'=E0 la fin de nos jours. Quoi que nous = fassions dans=20 toute notre vie, rien ne pourrait effacer cette infamie !

C'est aussi Borair Hamadani qui, une nuit, alors = qu'il montait=20 la garde, avait surpris un =E9change de propos entre l'Imam Houssein et = sa s=9Cur=20 Zaynab. Celle-ci demandait =E0 l'Imam s'il =E9tait sur de ses Chiites il = pensait que=20 ceux-ci combattraient pour le d=E9fendre, ou s'il craignait qu'ils ne=20 l'abandonnent. Borair avait imm=E9diatement r=E9veill=E9 tout le camp, = s'=E9tait plant=E9=20 devant Zaynab et, courbant la t=EAte devant la fille de l'Imam Ali et de = Fatima la=20 Resplendissante, lui avait d=E9clar=E9 que c'=E9tait pour lui une = question d'honneur=20 de se battre et de mourir pour d=E9fendre l'Imam Houssein et la Famille = du=20 proph=E8te. Et Borair avait demand=E9 =E0 chacun des pr=E9sents de = donner la m=EAme=20 assurance =E0 Zaynab.

C'est encore Borair Hamadani qui, voyant un enfant = pleurer tant=20 il avait soif, s'=E9tait saisi d'une outre et, accompagn=E9 de = quelques-uns des=20 compagnons de l'Imam Houssein, s'=E9tait fray=E9 un chemin vers le = fleuve, =E0 travers=20 les rangs de l'arm=E9e ennemie. Les hommes d'Omar fils de Saad les = avaient=20 interpell=E9s. Borair avait r=E9pondu :

- Je suis Borair Hamadani, Chiite de Houssein ! Je = viens=20 chercher de l'eau pour donner =E0 boire aux enfants qui meurent de soif = !

Les soldats avaient r=E9pondu =E0 Borair que lui et = ses compagnons=20 pouvaient boire autant qu'ils le souhaitaient, mais que pas une goutte = d'eau ne=20 devait parvenir au campement assi=E9g=E9. Borair avait insist=E9, = parlant de la=20 souffrance des enfants priv=E9s d'eau dans ce d=E9sert =E9cras=E9 de = chaleur. Les=20 soldats s'=E9taient moqu=E9s de lui et de ses sentiments. Alors Borair = s'=E9tait mis=20 en col=E8re. Lui et la poign=E9e d'amis de l'Imam qui l'accompagnaient = avaient en un=20 instant dispers=E9 le r=E9giment qui gardait les acc=E8s au fleuve. Et = c'est le c=9Cur=20 rempli de satisfaction et de fiert=E9 d'avoir rempli son devoir que = Borair avait=20 ramen=E9 au camp l'outre pleine d'eau. Les enfants cri=E8rent de joie en = le voyant.=20 Ils se pr=E9cipit=E8rent pour =E9tancher leur soif... H=E9las !

Dans leur h=E2te, les malheureux se bouscul=E8rent, = l'un d'entre=20 eux tomba sur l'outre qui =E9clata. Pas un ne put boire pas m=EAme une = seule goutte=20 ! Borair n'avait pu retenir ses larmes, en voyant que tous ses efforts = n'avaient=20 servi =E0 rien...

Borair Hamadani s'avan=E7a sur le champ de bataille. = Nombreux=20 furent ceux, parmi les ennemis, qui le pr=E9c=E9d=E8rent dans la mort. = Puis Borair=20 re=E7ut enfin le Martyre auquel il aspirait.

***

L'un apr=E8s l'autre, les fid=E8les Chiites de l'Imam = s'avanc=E8rent=20 face =E0 l'ennemi. L'un apr=E8s l'autre ils combattirent avec fougue. = L'un apr=E8s=20 l'autre ils envoy=E8rent en Enfer un grand nombre des supp=F4ts de = Yazid. Quand=20 arrivait son tour de s'effondrer, =E9puis=E9 par les nombreuses = blessures qu'il=20 avait re=E7ues, chacun d'eux criait =E0 l'adresse de l'Imam Houssein = :

- O mon Maitre ! Je t'envoie mes derni=E8res = salutations !

Alors, =E0 chaque fois, l'Imam Houssein, accompagn=E9 = de son fr=E8re=20 Abbas et de son fils Ali Akbar, se pr=E9cipitait sabre au clair, afin = d'=EAtre aux=20 cot=E9s de son ami pour le r=E9conforter dans ses derniers instants.

Depuis le matin, l'Imam Houssein n'avait pas cess=E9 = d'assister=20 de la sorte ses fid=E8les, de prendre dans ses bras leur corps sans vie, = et de les=20 ramener l'un apr=E8s l'autre au campement. Sur chacun d'eux il pleurait=20 abondamment, se rappelant leur affection pour lui, leur profonde = d=E9votion et=20 leur esprit de sacrifice. La mort de chacun de ces fid=E8les amis = =E9tait pour=20 l'Imam Houssein une blessure douloureuse. Ces hommes courageux n'avaient = pas=20 leurs familles aupr=E8s d'eux, =E0 Karbala, pour leur rendre les = derniers hommages=20 et pleurer leur mort. Mais les s=9Curs et les filles de l'Imam Houssein, = ainsi que=20 les dames de sa Maison, les pleuraient comme elles l'auraient fait pour = leurs=20 propres fr=E8res ou leurs propres fils.

***

Wahab fils d'Abdallah =E9tait un tout jeune homme. Il = s'=E9tait=20 mari=E9 deux jours =E0 peine auparavant quand, retournant chez lui avec = sa m=E8re et=20 sa jeune =E9pouse,

il =E9tait pass=E9 par Karbala. Il y avait vu un = grand=20 rassemblement de troupe, encerclant un minuscule campement. Il alla aux=20 nouvelles, et apprit ainsi que l'arm=E9e de Yazid =E9tait sur le point = de massacrer=20 le petit-fils du Saint Proph=E8te qui refusait d'accepter la "direction=20 spirituelle" du Calife d=E9bauch=E9. La m=E8re de Wahab, dame courageuse = et fid=E8le=20 Chiite de l'Imam Ali, vivait =E0 Damas quand Moawiyah, le p=E8re de = Yazid y r=E9gnait.=20 Elle avait publiquement d=E9nonc=E9 sa tyrannie et sa d=E9viation = religieuse, ce qui=20 lui avait valu d'=EAtre emprisonn=E9e et tortur=E9e, avant d'=EAtre = finalement chass=E9e=20 de la ville. Elle avait transmis =E0 son fils l'amour sans faille = qu'elle portait=20 aux Saints Imams. C'est donc sans h=E9sitation aucune que les trois = voyageurs=20 avaient rejoint l'Imam Houssein et ses quelques d=E9fenseurs. Depuis le = matin,=20 Wahab ne cessait de supplier l'Imam Houssein de lui permettre de se = lancer sur=20 le champ de bataille et d'y offrir sa vie pour le d=E9fendre. Chaque = fois, l'Imam=20 le renvoyait, lui disant que sa m=E8re et son =E9pouse avaient besoin de = lui.=20 Lorsque tous les amis de l'Imam Houssein eurent re=E7u le Martyre, et = qu'il ne=20 resta plus aupr=E8s de lui que les membres de sa Famille, Wahab une fois = encore=20 tenta sa chance. L'Imam lui r=E9pondit qu'il ne pourrait l'autoriser =D3 = combattre=20 que s'il obtenait la permission des deux femmes dont il avait la charge. = La m=E8re=20 de Wahab, qui se trouvait juste =E0 cot=E9, r=E9pondit directement =E0 = I'Imam Houssein=20 :

- Je l'ai nourri de mon lait dans son enfance, mais = je ne le=20 consid=E9rerai comme mon fils que s'il meurt en te d=E9fendant, comme = l'ont fait=20 avant lui tes autres Chiites !

Des larmes dans les yeux, la jeune =E9pouse de Wahab = parla =E0 son=20 tour :

- Wahab, ton premier devoir, et le plus important de = tous, est=20 de d=E9fendre le petit-fils du Proph=E8te et sa sainte Famille, m=EAme = si ce doit =EAtre=20 au prix de ta propre vie. J'esp=E8re te revoir au Paradis. Je demande = =E0 Dieu que=20 nos retrouvailles ne se fassent pas attendre !

Puis elle ajouta :- Je sais que les hommes de Yazid = ne=20 laisseront en vie aucun des hommes de la Famille de l'Imam Houssein. = Quant =E0=20 nous, les femmes, nous serons toutes prises comme esclaves... Sans doute = les=20 femmes de la Famille du Proph=E8te seront-elles trait=E9es avec quelque = respect,=20 mais nous autres... Ta m=E8re et moi-m=EAme, nous ne b=E9n=E9ficierons = certainement pas=20 de la m=EAme consid=E9ration ! Je te demande seulement de prier l'Imam = de nous=20 laisser avec les femmes de sa Famille, afin que nous soyons trait=E9es = de la m=EAme=20 fa=E7on qu'elles.

L'Imam Houssein assura Wahab que Zaynab, sa s=9Cur, = la fille de=20 l'Imam Ali et de Fatima, veillerait elle-m=EAme sur les deux femmes, de = m=EAme=20 d'ailleurs que toutes les autres femmes de sa Famille.

Ce que l'=E9pouse de Wahab n'avait pas imagin=E9 = c'est que les=20 soldats sans c=9Cur de l'arm=E9e de Yazid traiteraient les femmes de la = Famille du=20 Saint Proph=E8te comme des captives ordinaires et des esclaves ! Wahab = put enfin=20 se lancer au combat, et mourir en d=E9fendant son Imam, comme il le = souhaitait=20 avec tant d'ardeur.

***

Tous les fid=E8les Chiites de l'Imam donn=E8rent = ainsi leur vie=20 sans h=E9siter. Ils avaient v=E9cu une vie noble, et ils ont connu une = mort=20 glorieuse. M=EAme dans la mort, ils entourent, comme pour veiller sur = eux, l'Imam=20 Houssein et ses fils. Habib fils de Mazahir l'ami fid=E8le, repose =E0 = l'entr=E9e du=20 Mausol=E9e de l'Imam, comme s'il poursuivait dans la mort sa noble tache = de=20 veiller sur lui, ainsi qu'il l'avait fait lors de la bataille de = Karbala. .

Tous les d=E9fenseurs de la Famille du Proph=E8te = avaient donc=20 vers=E9 jusqu'=E0 la derni=E8re goutte de leur sang. Il ne restait plus, = autour de=20 l'Imam Houssein, que ses fils, ses fr=E8res et ses neveux. L'Imam avait = voulu=20 envoyer son fils Ali Akbar combattre avant tout le monde, mais ses = fid=E8les=20 Chiites l'en avaient emp=EAch=E9. La pens=E9e que le fils tant ch=E9ri = de l'Imam=20 Houssein pourrait perdre la vie dans la bataille alors Qu'eux-m=EAmes = auraient =E9t=E9=20 encore de ce monde leur =E9tait insupportable. Entretenir seulement une = telle id=E9e=20 aurait relev=E9 pour eux du blasph=E8me.

***

Ali Akbar s'avan=E7a devant son p=E8re, et lui = demanda la=20 permission d'entrer dans l'ar=E8ne sanglante d'o=F9 aucun membre de son = camp n'=E9tait=20 revenu vivant. L'Imam Houssein te regarda de longues minutes sans = r=E9pondre. Il=20 contemplait le visage de celui qui ressemblait =E0 s'y m=E9prendre =E0 = l'Envoy=E9 de=20 Dieu. Tout dans ses traits, sa voix, ses mani=E8res =E9voquait son=20 arri=E8re-grand-p=E8re. Quand l'Imam Houssein et les siens avaient = quitt=E9 M=E9dine=20 quelques mois plus t=F4t, pour n'y jamais revenir, la population =E9tait = venue leur=20 faire ses adieux. Le d=E9sespoir se lisait sur les visages de ceux qui = se=20 souvenaient de la pr=E9diction du Saint Proph=E8te, qu'un jour l'Imam = Houssein et sa=20 Famille quitteraient sa ville pour toujours. Ne pouvant dissuader le = Saint Imam=20 de partir, ils l'avaient suppli=E9 de leur laisser au moins Ali Akbar = que nul ne=20 pouvait regarder sans penser imm=E9diatement =E0 l'Envoy=E9 de Dieu... = Mais l'Imam=20 leur avait r=E9pondu que l=E0 o=F9 il allait, Ali Akbar avait une = mission =E0 remplir,=20 et que nul autre que lui ne pourrait s'en acquitter.

- Mon fils, comment un p=E8re peut-il dire =E0 son = fils d'aller l=E0=20 d'o=F9 il sait qu'il ne reviendra pas ? Va voir ta m=E8re, et ta tante = Zaynab qui=20 t'a entour=E9 de son amour depuis ta plus tendre enfance, plus encore = que ses=20 propres fils, et demande-leur leur autorisation.

Ali Akbar p=E9n=E9tra dans la tente o=F9 se = trouvaient sa m=E8re, Omm=20 Layla, et sa tante, Zaynab. Les deux femmes =E9taient plong=E9es dans la = contemplation du champ de bataille, et elles =E9coutaient les hurlements = des=20 hordes ennemies. Elles savaient bien que maintenant que tous les = fid=E8les Chiites=20 de l'Imam Houssein avaient donn=E9 leur vie, le tour de ses fils, de ses = fr=E8res et=20 de ses neveux =E9tait venu. Ce n'=E9tait plus qu'une question de temps. = Ce n'=E9tait=20 plus que la question de savoir qui irait le premier.

La pr=E9sence d'Ali Akbar les tira de leurs = pens=E9es. Zaynab=20 rompit le silence.

- Mon Dieu ! Ce n'est pas possible qu'Akbar soit venu = nous dire=20 adieu ! Akbar, ne nous dis pas que tu es pr=EAt pour ton dernier voyage = ! Aussi=20 longtemps que mes fils Aun et Mohammad seront en vie, je ne te laisserai = pas=20 partir ! Ali Akbar connaissait l'amour que lui portait sa tante, et qui = n'=E9tait=20 surpass=E9 que par celui qu'elle =E9prouvait pour son fr=E8re = Houssein.

Il la regarda. Il regarda sa m=E8re. IL ne savait = comment leur=20 dire qu'il s'=E9tait pr=E9par=E9 au voyage qui le m=E8nerait au Paradis. = - Ma tante.=20 Pour tous les proches de mon p=E8re l'heure in=E9vitable est arriv=E9e. = Au nom de=20 l'amour que tu portes =E0 ton fr=E8re, je te supplie de me laisser = partir au combat,=20 afin que l'on ne puisse pas dire qu'il a voulu me garder jusqu'=E0 ce = que tous=20 ses fr=E8res et ses neveux aient =E9t=E9 tu=E9s. Mon oncle Abbas = commande notre=20 troupe. Tous les autres sont plus jeunes que moi. Quand la mort est = certaine,=20 laisse-moi mourir le premier, afin que je puisse =E9tancher ma soif =E0 = la source de=20 Kawsar, des propres mains de mon arri=E8re-grand-p=E8re, l'Envoy=E9 de = Dieu !

Zaynab sanglota :

- Akbar, mon enfant ! Si l'appel de la mort est = parvenu jusqu'=E0=20 toi, alors va !

Omm Layla, la m=E8re d'Ali Akbar, qui =E9tait = rest=E9e muette=20 d'angoisse, ne put que dire :

- Que Dieu soit avec toi, mon fils ! Avec toi, je = perds tout ce=20 que je poss=E8de, et tout ce qui m'importe en ce monde. Ton p=E8re m'a = d=E9j=E0 pr=E9venue=20 de ce qui m'attend... Apr=E8s toi, pour moi plaisirs et souffrances, il = n'y aura=20 aucune diff=E9rence entre eux.

Sur ces mots, elle tomba sans connaissance dans les = bras d'Ali=20 Akbar. Les clameurs de guerre pouss=E9es par l'ennemi devenaient de plus = en plus=20 fortes. Ali Akbar savait que s'il ne se lan=E7ait pas rapidement dans la = bataille,=20 les hommes de Yazid, frustr=E9s de leur soif de sang se jetteraient =E0 = l'assaut du=20 campement o=F9 nul ne pourrait secourir les femmes et les enfants. Il = remit=20 d=E9licatement entre les bras de Zaynab le corps toujours inerte de sa = m=E8re.

- Ma tante, je te confie ma m=E8re. Je sais que = depuis ton=20 enfance, ta m=E8re Fatima t'a pr=E9par=E9e :pour les =E9v=E9nements de = ce jour terrible,=20 et pour ce qui se passera ensuite. Mais ma m=E8re ne supportera pas une = telle=20 calamit=E9 si tu ne lui insuffles pas ton courage. Je te supplie de la = soutenir=20 lorsqu'elle verra mon corps sans vie.

Ali Akbar retourna aupr=E8s de son p=E8re. Sans un = mot, l'Imam=20 Houssein se leva. Il enroula le turban du Saint proph=E8te autour de la = t=EAte d'Ali=20 Akbar assujettit le fourreau de son arme, et d=E9posa un baiser sur son = front.=20 D'une voix blanche, il dit :

- Va Akbar ! Dieu est avec toi.

Ali Akbar sortit de la tente, suivi par l'Imam = Houssein. Il=20 voulut enfourcher son cheval, mais quelqu'un le tirait en arri=E8re. Il = se=20 retourna. C'=E9tait Soukeina, sa jeune s=9Cur, qui implorait :

- Ne pars pas, Akbar ! Ne va pas l=E0-bas, d'o=F9 = personne n'est=20 revenu depuis ce matin !

Ali Akbar prit dans ses bras la petite fille, il = l'embrassa et=20 la reposa sur le sol. IL ne pouvait parler. Il marcha.

Ali Akbar s'arr=EAta face aux rangs ennemis. Il leur = parla avec=20 l'=E9loquence qu'il avait h=E9rit=E9e du Saint proph=E8te. IL leur = expliqua les raisons=20 et le sens du combat de l'Imam Houssein, et leur fit ressortir qu'en = versant le=20 sang du petit-fils de l'Envoy=E9, ils encourraient la Col=E8re de Dieu = et de Son=20 proph=E8te, qui aimait tant Houssein.

Les plus =E2g=E9s se frottaient les yeux et se = demandaient avec=20 stup=E9faction si le Proph=E8te en personne n'=E9tait pas descendu du = Ciel pour les=20 emp=EAcher de verser le sang de Houssein. C'=E9taient la

m=EAme taille, le m=EAme visage, la m=EAme attitude, = et les m=EAmes=20 mani=E8res, et la m=EAme voix, et jusqu'=E0 la m=EAme fa=E7on de parler = !

Omar fils de Saad vit quel effet les paroles d'Ali = Akbar=20 produisaient sur ses hommes. Il convainquit les plus cupides d'entre eux = d'affronter en combat singulier le vaillant jeune homme, affaibli par = trois=20 jours de faim et de soif Un par un ils vinrent, surs d'eux. Mais c'est = la mort=20 qu'ils rencontr=E8rent, l'un apr=E8s l'autre. Le sang de l'Imam Ali = coulait dans les=20 veines d'Ali Akbar. Le m=EAme courage, la m=EAme adresse, la m=EAme = fougue semaient la=20 m=EAme terreur dans les c=9Curs de ceux qui l'affrontaient. Il eut vite = fait de se=20 d=E9barrasser de tous ceux qui avaient eu la folie de l'attaquer. A son = tour il=20 d=E9fia l'ennemi mais personne n'osait plus venir se mesurer =E0 = lui.

Ali Akbar avait terriblement soif. La faiblesse qui = r=E9sultait=20 de trois jours de jeune ininterrompu =E9tait aggrav=E9e par la peine de = flots de=20 sang coulant de ses blessures. Il eut soudain tr=E8s envie de revoir une = derni=E8re=20 fois son p=E8re, sa m=E8re et sa tante. Puisque les ennemis ne se = d=E9cidaient pas =E0=20 venir l'affronter, il se lan=E7a =E0 bride abattue vers le camp = assi=E9g=E9. Imam=20 Houssein l'embrassa avec joie :

- Bravo mon fils ! Je suis fier de toi ! Ton courage = et ta=20 dext=E9rit=E9 me rappellent les combats de mon v=E9n=E9r=E9 p=E8re, = l'Imam Ali. Avec cette=20 diff=E9rence que lui ne se battait que contre les ennemis, alors que toi = tu dois=20 aussi lutter contre la faim et la soif

- Mon p=E8re, la soif me tue, car mes blessures ont = augment=E9 ses=20 effets. Mais je sais que tu ne peux rien m'offrir, pas m=EAme une goutte = d'eau. Je=20 suis revenu seulement pour te voir, ainsi que les miens, une derni=E8re = fois.

Ali Akbar repartit au combat. L'Imam Houssein fit = quelques pas=20 derri=E8re lui, comme un p=E8lerin suit l'agneau du sacrifice =E0 Mina. = Il pria :

- O mon Dieu ! Tu es T=E9moin qu'aujourd'hui j'ai = sacrifi=E9 l'=EAtre=20 que j'aime le plus au monde, pour la cause de la Justice et de la = V=E9rit=E9.

L'Imam Houssein entendit bient=F4t un appel = d=E9chirant, le cri=20 d'agonie de son fils :

- P=E8re ! je suis touch=E9 =E0 moi ! P=E8re viens = pr=E8s de moi ! P=E8re,=20 si tu ne peux pas arriver jusqu'=E0 moi, je te salue, ainsi que ceux que = j'aime=20 !

L'Imam Houssein attendait cet appel. Il savait que, = quels que=20 soient sa vaillance et son habilet=E9, son fils ch=E9ri ne pourrait pas = tenir t=EAte=20 bien longtemps =E0 toute l'arm=E9e de Yazid ! Il voulut se lever pour se = pr=E9cipiter=20 aupr=E8s d'Ali Akbar, pour l'assister dans ses derniers instants. Mais = ses jambes=20 se d=E9rob=E8rent sous lui. Il s'effondra. IL voulut se relever. Il = tomba encore.=20 Une main crisp=E9e sur son c=9Cur soudain devenu douloureux, il lutta = avec ses pieds=20 pour se mettre debout. IL ne pouvait rien voir, tant ses yeux =E9taient = noy=E9s de=20 larmes.

- Akbar, cria-t-il ! Appelle encore. que je sache ou = tu es. Je=20 ne peux pas te voir !

Abbas vint au secours de son fr=E8re. et le soutint = jusqu'=E0 ce=20 qu'ils parviennent tous deux aupr=E8s du jeune homme. Ali Akbar reposait = au milieu=20 d'un mare de son sang. Houssein tomba sur le corps de son fils, le = suppliant de=20 parler, ou au moins d'ouvrir les yeux. Mais Akbar ne parlait pas. Mais = Akbar ne=20 bougeait pas. Les derni=E8res gouttes de vie achevaient de couler d'une = large=20 blessure ouverte dans sa poitrine. L'Imam Houssein posa sa joue contre = celle de=20 son enfant. Il le supplia d'ouvrir les yeux une derni=E8re fois. Un pale = sourire=20 finit par se dessiner sur les l=E8vres d'Ali Akbar, un bref instant, = puis il=20 rendit l'=E2me. La joue du p=E8re caressait encore celle de son fils. = dans la mort=20 comme tant de fois dans la vie...

Avec quelles difficult=E9s l'Imam Houssein ramena le = corps sans=20 vie d'Ali Akbar jusqu'au campement ! Il refusait l'aide que lui offrait = Abbas.=20 IL le portait dans ses bras, contre son c=9Cur, en titubant sous = l'effort. Il=20 d=E9posa enfin son pr=E9cieux fardeau sur le sol, et appela les femmes = de sa Maison.=20 Zaynab et Koulsoum, ses s=9Curs, Omm Layla et Omm Rabab, ses =E9pouses. = Soukeina et=20 Roukayya ses filles, et toutes les autres... Omm Layla. la m=E8re d'Ali = Akbar,=20 baissa les yeux vers le corps de son enfant, et s'adressant =E0 l'Imam = Hossein=20 :

- Mon Ma=EEtre ! Je suis fi=E8re d'Akbar, qui est = mort d'une si=20 noble mort. Il a donn=E9 sa vie pour la plus noble cause, et cette = pens=E9e me=20 soutiendra tout le reste de ma vie.

Puis elle s'agenouilla devant Ali Akbar et posa en = pleurant son=20 visage sur le sien. Zaynab et Koulsoum, Soukeina et Roukayya =E9taient = elles aussi=20 pench=E9es sur le corps sans vie, et les larmes qu'elles versaient = lavaient le=20 sang des blessures d'Akbar.

L'Imam Houssein s'assit quelques instants pr=E8s de = ce fils qu'il=20 avait offert en Sacrifice. Il =E9tait submerg=E9 de chagrin.

***

Un tout jeune homme, presque un enfant, se dressa = devant l'Imam=20 Houssein :

- Mon oncle, je viens demander ton autorisation = d'aller au=20 combat !

C'=E9tait Qasim, le fils de son fr=E8re l'Imam = Hassan. L'Imam=20 Houssein se releva, et essuya les larmes qui mouillaient ses yeux, et = murmura=20 :

- Certes c'est =E0 Dieu que nous appartenons, et = c'est =E0 Lui que=20 nous devons retourner !

La nuit pr=E9c=E9dente. alors qu'Aun et Mohammad, les = deux fils de=20 Zaynab, et Qasim. le fils de l'Imam Hassan. discutaient de la fa=E7on = dont ils=20 pourraient

s'y prendre pour obtenir de leur oncle l'Imam = Houssein=20 l'autorisation de combattre l'ennemi, Omm Farva. la m=E8re de Qasim, = avait appel=E9=20 son fils sous sa tente. Omm Farva avait pris son fils dans ses bras et = lui avait=20 dit :

- Qasim mon fils ! Sais-tu pourquoi je t'ai appel=E9 = ? Je veux te=20 rappeler tes devoirs envers ton oncle Houssein. Je veux te dire quelque = chose de=20 l'amour unique que ton p=E8re portait =E0 son fr=E8re Houssein. Ils = =E9taient si proches=20 l'un de l'autre que toujours ils pensaient et agissaient de concert. La = moindre=20 peine ressentie par l'un faisait souffrir l'autre =E0 l'instant m=EAme ! = Ils =E9taient=20 plus proches, plus unis que deux jumeaux. Si Hassan =E9tait encore de ce = monde,=20 j'imagine sans peine ce qu'il ressentirait aujourd'hui. Nul doute qu'il = serait=20 le premier =E0 se lever et =E0 sacrifier sa vie pour d=E9fendre son = fr=E8re=20 Houssein.

Omm Farva avait repris, apr=E8s une pause :

- Quand ton p=E8re est mort, tu =E9tais trop jeune = pour comprendre=20 la vie. Ses derni=E8res paroles, sur son lit de mort furent les = suivantes : "Omm=20 Farva, je te

confie, ainsi que mes enfants, =E0 la garde de Dieu = et de mon=20 fr=E8re Houssein. Quand Qasim sera grand, tu lui diras que ma derni=E8re = volont=E9 est=20 qu'il se tienne pr=E8s de Houssein contre vents et mar=E9es. Je vois = venir un jour=20 ou mon fr=E8re sera assailli de toutes parts et trahi par tous. Ce = jour-l=E0 il aura=20 besoin du

soutien sans faille de ses proches. Je veux que tu = pr=E9pares=20 Qasim d=E8s son enfance pour qu'il soit pr=EAt quand viendra ce jour = !"

- Maman, je ne sais pas comment te remercier pour ce = que tu=20 viens de me dire. Aussi loin que remontent mes souvenirs, je n'ai jamais = su ce=20 qu'est l'amour d'un p=E8re. Mais je sais que si mon p=E8re avait v=E9cu, = il n'aurait=20 pas pu me donner plus de tendresse et d'affection que ne l'a fait mon = oncle=20 Houssein ! Jamais il ne m'a laiss=E9 un instant me sentir orphelin ! = Comment=20 pourrais je oublier tout ce que je lui dois ? Comment pourrais je =EAtre = =E0 ce=20 point ingrat envers lui ? Quel go=FBt aurait pour moi la vie sans lui, = et sans mon=20 oncle Abbas, et sans Ali Akbar, et Aun et Mohammad ?

L'Imam Houssein regarda avec tendresse le jeune homme = qui se=20 tenait devant lui. IL secoua la t=EAte avec tristesse :

Qasim, mon enfant ch=E9ri ! Comment pourrais-je te = permettre de=20 partir, quand je sais que la mort est au bout de la route ? Ton fr=E8re, = mon cher=20 Hassan, t'a confi=E9 =E0 ma garde ; mon c=9Cur tremble =E0 la pens=E9e = de t'envoyer au=20 supplice !

***

La r=E9ponse de l'Imam Houssein brisa le c=9Cur de = Qasim. Il resta=20 immobile, t=EAte baiss=E9e, ne sachant que dire, que faire, pour = arracher =E0 son=20 oncle l'autorisation tant souhait=E9e. A ce moment arriva Zaynab. Elle = s'adressa =E0=20 l'Imam Houssein :

- Houssein, mon fr=E8re, de toute ma vie je ne t'ai = jamais rien=20 demand=E9. Aujourd'hui, pour la premi=E8re et la derni=E8re fois, j'ai = une faveur =E0=20 solliciter. Permets =E0 mes deux fils de marcher sur les pas d'Ali Akbar = ! L'Imam=20 Houssein regarda sa s=9Cur, puis Aun et Mohammad.

- Je ne trouve aucun argument, Zaynab, pour refuser = de=20 t'accorder ce que tu demandes. Pourtant mon c=9Cur chavire en moi = d'envoyer =E0 la=20 mort ces deux enfants ! Vous deux, mes chers enfants, allez ! = Satisfaites votre=20 d=E9sir de mourir en h=E9ros ! Je ne serai pas long =E0 vous = rejoindre...

A cette r=E9ponse, les deux jeunes h=E9ros furent = transfigur=E9s de=20 bonheur. Ils demand=E8rent =E0 leur m=E8re de leur donner sa = b=E9n=E9diction. Des larmes=20 plein les yeux, Zaynab les embrassa:

- Mes enfants, mes ch=E9ris ! Que Dieu soit avec vous = jusqu'=E0 la=20 fin ! Qu'IL rende votre mort douce ! C'est mon destin de subir outrages = et=20 ignominie seule, sans fr=E8res, ni fils, ni neveux pour me consoler = !

- Maman, avec l'aide de Dieu, nous montrerons =E0 = Omar fils de=20 Saad et =E0 toute son arm=E9e que nous sommes les dignes petits-fils de = Jaafar=20 Tayyar ! Si Dieu le permet nous nous battrons avec tant de courage que = ta peine=20 sera transform=E9e en fiert=E9 !

Les deux vaillants neveux de l'Imam Houssein = saut=E8rent en selle=20 et disparurent bient=F4t aux regards angoiss=E9s des leurs. Un nuage de = poussi=E8re=20 masquait la fureur du combat qu'ils livr=E8rent aux ennemis de = l'Islam.

Bient=F4t on entendit le cri d'adieu d'Aun. L'Imam = Houssein=20 p=E2lit, comme si lui-m=EAme avait =E9t=E9 frapp=E9. Il regarda sa = s=9Cur Zaynab. Abbas et=20 Qasim

s'=E9taient pr=E9cipit=E9s pour la soutenir. Alors = =E0 son tour=20 Mohammad, mortellement touch=E9. salua son oncle et Imam. L'Imam = Houssein se=20 pr=E9cipita vers eux. IL ordonna =E0 Abbas et =E0 Qasim de rester pr=E8s = de Zaynab.

C'est Mohammad qu'il atteignit en premier. Le = gar=E7on perdait=20 beaucoup de sang et respirait avec difficult=E9. Une profonde blessure = =E0 la gorge=20 rendait sa voix presque inaudible. L'Imam Houssein se pencha =E0 le = toucher, et=20 l'entendit murmurer : Re=E7ois mes derni=E8res salutations mon oncle. = Dis =E0 ma m=E8re=20 que j'ai fait ce qu'elle attendait de moi, et que je meurs avec courage = comme=20 elle-m=EAme et mon p=E8re me l'ont command=E9. Transmets-lui mes = salutations, et=20 console-la autant que tu le pourras.

Mohammad ferma les yeux un instant, puis reprit dans = un souffle=20 :

- Avant de tomber moi-m=EAme, j'ai entendu le cri = d'Aoun. Jc n'ai=20 plus besoin d'aide maintenant. Va trouver Aoun, mon oncle, avant qu'il = ne soit=20 trop tard !

A peine avait-il prononc=E9 ces mots que ce qui = restait en lui de=20 vie s'=E9chappa.

L'Imam Houssein chercha dans ta direction d'ou = =E9tait venu=20 l'appel d'Aun. Quand il trouva son corps, le dernier souffle en =E9tait = d=E9j=E0=20 parti. Il souleva dans ses bras et serra contre sa poitrine le gar=E7on = sans=20 vie.

Portant le corps d'Aun dans ses bras, l'Imam Houssein = marcha=20 jusqu'au campement. Abbas courut =E0 sa rencontre :

- Laisse-moi transporter Aun jusqu'=E0 sa derni=E8re = demeure,=20 pendant que tu retourneras chercher Mohammad. Je suis encore vivant, mon = Ma=EEtre.

Laisse-moi partager ton fardeau et ta peine !

L'Imam Houssein tendit le corps exsangue =E0 Abbas, = et alla=20 chercher son autre neveu. Quand Zaynab vit les deux corps sans vie, elle = s'effondra sur eux en pleurant :

- Mes enfants ch=E9ris ! Quelle m=E8re pourrait = envoyer ses fils =E0=20 la mort comme je l'ai fait aujourd'hui ?

O mes ch=E9ris vous avez quitt=E9 ce monde en = souffrant de la soif.=20 Mais votre grand-p=E8re Ali va maintenant =E9tancher votre soif avec = l'eau des=20 sources du Paradis.

***

Comme c'=E9tait l'usage dans l'arm=E9e de Yazid, les = tambours=20 retentirent pour saluer la mort des deux jeunes gar=E7ons, ou plut=F4t = leur mis=E8re.=20 Puis ils cess=E8rent, remplac=E9s par tes cris sauvages de la horde ivre = de haine,=20 assoiff=E9e de carnage. r=E9clamant du sang encore, du sang toujours = !

Lorsque Zaynab =E9tait intervenue pour que l'Imam = Houssein=20 permette =E0 Aun et =E0 Mohammad d'aller au combat, Qasim s'=E9tait = h=E2t=E9 d'aller voir=20 sa m=E8re. IL lui avait racont=E9 avec amertume ce qui s'=E9tait = pass=E9.

Il avait conclu:

- Si je ne dois pas mourir en Martyr aujourd'hui, = quel int=E9r=EAt=20 pr=E9sentera pour moi la vie ? Suis je destin=E9 =E0 =EAtre esclave, et = =E0 ne marcher=20 dans les rues que pour gagner ma prison ?

Omm Farva se souvint de ce que l'Imam Hassan, son = =E9poux, lui=20 avait confi=E9 juste avant de mourir, qu'un jour Qassim serait = d=E9sesp=E9r=E9 au-del=E0=20 de toute description. Il lui avait remis une lettre cachet=E9e qu'elle = devrait lui=20 donner alors. Elle chercha la lettre, et la tendit =E0 Qassim. Les = doigts=20 tremblant d'impatience et d'angoisse, celui-ci brisa le sceau. IL = d=E9plia la=20 lettre et lut :

- Mon enfant. Quand cette lettre te parviendra, = j'aurai cess=E9=20 de vivre depuis longtemps. Quand tu liras ceci, tu seras d=E9chir=E9 par = un conflit=20 entre ton d=E9sir intense de faire ton devoir et de montrer ton amour = pour ton=20 oncle Houssein, et l'amour que celui te porte et qui le pousse =E0 = t'emp=EAcher de=20 remplir tes obligations. C'est en pr=E9vision de ce jour que je = t'=E9cris cette=20 lettre. j'y joins une autre, qui lui est destin=E9e. Remets-la =E0 ton = oncle. IL te=20 laissera accomplir ce que ton c=9Cur d=E9sire ! Qassim, quand tu liras = cette lettre,=20 le temps de notre s=E9paration sera pr=EAt de finir. H=E2te-toi. mon = enfant ! je=20 t'attends !

Qasim, transport=E9 de joie, replia la lettre et fit = ses adieux =E0=20 sa m=E8re. IL courut porter le message =E0 son oncle. Mais celui-ci, = Abbas =E0 ses=20 cot=E9s, surveillait les p=E9rip=E9ties du combat d'Aun et de = Mohammad.

Qassim ne voulut pas d=E9ranger son oncle en un tel = moment. Aussi=20 d=E9cida t-il d'attendre Quand les corps d'Aun et Mohammad eurent = =E9t=E9 rendus =E0=20 leur m=E8re. Qasim s'approcha de son oncle. Ne sachant que dire. il = tendit=20 simplement la lettre. L'Imam Houssein reconnut au premier regard = l'=E9criture de=20 son fr=E8re. Surpris il l'ouvrit. Il lut le message qui lui =E9tait = destin=E9 :

- Mon cher Houssein, quand tu liras cette lettre. tu = seras=20 assailli de toutes parts de soucis et de chagrins. Les corps sans vie de = tes=20 proches joncheront le sol partout autour de toi. Je ne serai plus l=E0 = pour donner=20 ma vie pour toi, mais je laisse derri=E8re moi Qasim, qui sera mon = repr=E9sentant=20 aupr=E8s de toi. Houssein, je te demande de ne pas repousser mon offre. = Au nom de=20 l'amour que tu me portes, laisse Qasim combattre pour te d=E9fendre.

Laisse-lui conna=EEtre la Gloire du Martyre.

L'Imam Houssein fut soudain submerg=E9 par le = souvenir de son=20 fr=E8re, et il ne put retenir ses larmes =E0 la pens=E9e de cette ultime = preuve=20 d'amour. Par del=E0 la tombe. Hassan lui laissait son fils Qasim pour le = d=E9fendre=20 en ce jour !

L'Imam Houssein se reprit avec effort. IL leva les = yeux vers=20 Qasim :

- Mon cher enfant, la volont=E9 de ton p=E8re est = pour moi un=20 ordre. Il ne me laisse pas le choix. Va Qasim !

C'est ce que veux ton p=E8re. Le Martyre est ton = destin, je dois=20 l'accepter !

Qasim retourna faire ses adieux =E0 sa m=E8re. Oumm = Farwa lut la=20 satisfaction sur le visage de son fils, et comprit que l'heure =E9tait = arriv=E9e.=20 Lentement elle se leva :

- Mon fils, toutes ces ann=E9es, j'ai attendu le jour = o=F9 tu=20 atteindrais l'=E2ge de te marier, et pour cette occasion j'ai gard=E9 le = v=EAtement=20 que portait ton p=E8re le jour o=F9 il m'a =E9pous=E9e... Je voulais te = demander de le=20 porter le jour de ton mariage.

Oumm Farwa marqua une pause. Elle poursuivit :

- Mon fils ! Puisque le destin en a d=E9cid=E9 = autrement, je=20 souhaite que tu rev=EAtes aujourd'hui ce v=EAtement de mariage, pour = entreprendre le=20 voyage dont on ne revient pas. La coutume veut que le jeune mari=E9 = teigne ses=20 mains de henn=E9... Je n'en ai pas, et tu n'en as d'ailleurs pas besoin, = puisque=20 tes mains seront bient=F4t couvertes de ton propre sang !

Rev=EAtu des habits de noce de son p=E8re, Qasim en = =E9tait le vivant=20 portrait. Il embrassa sa m=E8re, salua sa tante Zaynab, puis vint = embrasser avec=20 respect les mains de son oncle Houssein. L'Imam Houssein eut =E0 c=9Cur = de tenir=20 lui-m=EAme la bride du cheval pendant que Qasim montait en selle. Il le = salua de=20 ces mots :- Qasim, je ne serai pas long =E0 venir te rejoindre !

Qasim s'avan=E7a vers la horde hurlante. Quand il = parla, le=20 silence se fit. Son =E9loquence =E9tait celle de son grand-p=E8re, = l'Imam Ali. Les=20 mots que portait sa voix juv=E9nile faisaient baisser vers le sol les = regards de=20 ces brutes sans =E2me. Les vestiges de quelques qualit=E9s humaines = =E9taient remu=E9s=20 par le discours du jeune homme =E0 peine =E2g=E9 de quatorze ans. Omar = fils de Saad=20 per=E7ut le danger et, une fois encore, fit appel aux plus bas instincts = des plus=20 cupides de ses hommes de main pour faire taire la voix qui r=E9veillait = quelques=20 consciences.

Qasim se battit, puisqu'il fallait se battre ! Il se = battit=20 avec tant de fougue et tant d'habilet=E9 que son oncle Houssein, qui = observait le=20 combat de loin, neput retenir un cri d'admiration ! Plus un seul = mercenaire=20 n'osait l'affronter maintenant. Il avait beau les d=E9fier tous, tous se = r=E9cusaient. Alors Omar fils de Saad ordonna de lancer l'assaut contre = le jeune=20 homme... Toute une arm=E9e contre un enfant de quatorze ans =E0 peine ! = Des=20 centaines, des milliers de poignards, d'=E9p=E9es, de lances, de = fl=E8ches venant de=20 toutes les directions, pour venir =E0 bout d'un enfant!

Qasim, couvert de blessures de la t=EAte aux pieds = lan=E7a son=20 dernier cri d'adieu =E0 son oncle.

L'Imam Houssein sauta en selle et chargea, sabre au = clair. Il=20 se fraya un chemin au milieu de la horde de l=E2ches, et seul le = souvenir des=20 charges de l'Imam Ali =E0 la bataille de Siffine peut donner une id=E9e = de la=20 violence avec laquelle il mit en fuite l'arm=E9e du tyran. Dans leur = course=20 =E9perdue pour sauver leurs vies minables, les soldats de Yazid = pi=E9tin=E8rent le=20 corps sans vie de Qasim. Quand le champ de bataille fut n=E9ttoy=E9 de = tous ces=20 couards, et qu'il put enfin s'approcher de son neveu, l'Imam Houssein = d=E9couvrit=20 que le corps du gar=E7on avait =E9t=E9 d=E9chiquet=E9 en lambeaux !

- Mon Dieu ! Qu'est-ce que ces l=E2ches ont fait de = mon Qasim=20 ?

Il fallut un long moment =E0 l'Imam Houssein pour se = ressaisir.=20 Il entreprit de rassembler les morceaux du corps de Qasim dans un = morceau de=20 tissu. Il chargea le paquet sur ses =E9paules fatigu=E9es, et c'est d'un = pas pesant=20 qu'il repartit vers le campement :

Mon pauvre Qasim ! Ta m=E8re t'a envoy=E9 au combat = v=EAtu comme un=20 jeune mari=E9, et je te ram=E8ne =E0 elle le corps coup=E9 en morceaux = !

En approchant du camp, il s'exclama encore :

- Mon Dieu ! A-t-on jamais vu un oncle transporter le = corps de=20 son neveu dans un tel =E9tat ?

Quand il mit pied =E0 terre, l'Imam Houssein appela = son fr=E8re=20 Abbas. Il lui dit d'aller chercher les femmes. Il confia =E0 Fizza, la = servante=20 d=E9vou=E9e deFatima sa m=E8re, le soin de r=E9conforter autant qu'elle = le pourrait Omm=20 Farva et Zaynab, car le spectacle de !a d=E9pouille de Qasim =E9tait = bien de nature=20 =E0 les tuer. Fizza fit de son mieux pour les pr=E9parer =E0 la vision = cruelle. Puis=20 elle d=E9noua le macabre paquet.

Les hurlements d'horreur et les sanglots des femmes = retentirent=20 longtemps dans la plaine de Karbala.

L'Imam Houssein resta longtemps sans rien dire, le = regard=20 imp=E9n=E9trable, le c=9Cur glac=E9. Abbas s'approcha :

- Mon Ma=EEtre, c'est maintenant =E0 mon tour de = marcher au combat,=20 comme ont fait tous les autres avant moi.

L'Imam Houssein ne r=E9pondit qu'apr=E8s un moment, = d'une voix=20 douce :

- Oui, vraiment, c'est =E0 Dieu que nous appartenons, = et c'est =E0=20 Lui que nous devons retourner !

Depuis sa plus tendre enfance, Abbas vouait une = d=E9votion sans=20 pareille =E0 son fr=E8re Houssein. Un jour torride d'=E9t=E9, dans la = Mosqu=E9e de Koufa,=20 alors que lui-m=EAme =E9tait tout enfant, il avait vu que Houssein avait = les l=E8vres=20 s=E8ches. Il en avait conclu qu'il devait avoir tr=E8s soif. IL =E9tait = alors sorti en=20 courant de la Mosqu=E9e, et =E9tait revenu aussi vite qu'il l'avait pu = avec un=20 r=E9cipient plein d'eau fra=EEche, pour l'offrir =E0 son fr=E8re. Dans = sa course, Il=20 avait =E9clabouss=E9 ses v=EAtements, qui ruisselaient d'eau. De sa = chaire, l'Imam Ali=20 son p=E8re l'avait vu, et tant de d=E9vouement lui avait fait monter les = larmes aux=20 yeux. Plus tard, lorsque l'Imam Ali, mortellement bless=E9, avait = r=E9uni autour de=20 lui ses enfants, il les avait tous confi=E9s =E0 la garde de son fils = a=EEn=E9, Hassan.=20 Tous sauf un, Abbas. Celui-ci, alors =E2g=E9 de douze ans, ne comprenant = pas=20 pourquoi il =E9tait exclu de cette mesure de sollicitude, avait = =E9clat=E9 en=20 sanglots. L'Imam Ali lui avait alors dit d'approcher. Il avait pris sa = main=20 qu'il avait plac=E9e dans celle de Houssein, en disant :

- Houssein, je te confie cet enfant. Il me = repr=E9sentera le jour=20 de ton Martyre, et il donnera sa vie pour ta d=E9fense et celle des = tiens, mieux=20 que je ne le ferais moi-m=EAme si j'=E9tais encore en vie ce = jour-l=E0.

Puis l'Imam Ali s'=E9tait tourn=E9 vers Abbas et lui = avait dit avec=20 tendresse:

- Abbas, mon enfant. Je connais ton amour sans bornes = pour ton=20 fr=E8re Houssein. Bien que tu sois trop jeune pour que l'on te parle de = cela. le=20 jour o=F9 cet =E9v=E9nement se produira ne consid=E8re aucun sacrifice = trop grand pour=20 Houssein et ses enfants.

- Soukeina s'approcha de son oncle Abbas. Une outre = vide =E0 la=20 main. Derri=E8re elle tous les autres enfants s'=E9taient rassembl=E9s. = Ils=20 pleuraient, ils g=E9missaient, tant la soif les torturait. Soukeina = tendit son=20 outre =E0 Abbas:

- Mon oncle, je sais que tu feras tout ce que tu peux = pour nous=20 apporter de l'eau. M=EAme si tu ne peux remplir qu'une seule outre, au = moins=20 pourrons-nous mouiller un peu nos gorges dess=E9ch=E9es!

Abbas prit l'outre plate, et demanda =E0 l'Imam = Houssein la=20 permission d'aller chercher de l'eau pour les enfants. Ceux-ci le = suivirent=20 jusqu'=E0 l'extr=EAme limite du camp, et tant qu'ils purent voir sa = silhouette, ils=20 rest=E8rent l=E0, sans bouger.

- Son =E9p=E9e dans une main, l'=E9tendard de l'Imam = Houssein dans=20 l'autre, et l'outre attach=E9e sur son dos, le fid=E8le Abbas = s'=E9lan=E7a =E0 bride=20 abattue. Arriv=E9 au bord du fleuve, il chargea les soldats qui se = trouvaient l=E0,=20 et les mit en fuite. L'instant d'apr=E8s il =E9tait dans l'eau jusqu'=E0 = mi-jambe ;=20 l'instant suivant l'outre =E9tait remplie d'eau fra=EEche. Il recueillit = dans sa=20 main un peu du pr=E9cieux liquide, pour le porter =E0 sa bouche et = apaiser la soif=20 qui ne lui laissait pas de r=E9pit ; mais, se ressaisissant, il rejeta = l'eau=20 promptement. Comment pourrait-il en avaler une seule goutte alors que = Soukeina=20 et les enfants se mourraient de soif ? Comment pourrait-il oublier que = son=20 Ma=EEtre Houssein n'avait rien bu depuis trois jours ?

- Son outre pleine, Abbas se remit en selle, avec une = seule=20 pens=E9e: apporter aussi vite que possible cette eau aux enfants qui = l'attendaient=20 dans la poussi=E8re br=FBlante. En le voyant galoper vers le = campement,

- les soldats de Yazid se dirent que si l'Imam = Houssein et ses=20 gens pouvaient se d=E9salt=E9rer si peu que ce fut, il serait difficile = de les=20 vaincre. Alors ils se ru=E8rent =E0 sa poursuite. Abbas se battit comme = se battait=20 son noble p=E8re, l'Imam Ali, le Lion de Dieu. La faim et la soif = terribles ne=20 l'emp=EAchaient pas de semer l'effroi dans les rangs ennemis.

Puisqu'il n'=E9tait pas possible de venir =E0 bout = d'un tel=20 adversaire en le combattant de front, les hommes de Yazid lanc=E8rent = sur lui une=20 gr=EAle de fl=E8ches.

Abbais n'avait plus qu'un souci : prot=E9ger co=FBte = que co=FBte=20 l'outre et la porter intacte au campement. Un ennemi perfide, = jaillissant tel un=20 diable de derri=E8re une dune de sable, porta un coup terrible tranchant = net sa=20 main droite. En un =E9clair Abbas saisi son =E9p=E9e de la main gauche, = serrant=20 l'=E9tendard contre sa poitrine.

Le lion devenu infirme, les poltrons s'enhardirent. = Ils vinrent=20 plus pr=E8s. encore plus pr=E8s. Un coup d'=E9p=E9e blessa = profond=E9ment le bras gauche.=20 Abbas serra l'outre entre ses dents, coin=E7a l'=E9tendard entre sa = poitrine et sa=20 monture, et for=E7a le barrage. IL n'=E9tait plus habit=E9 que par la = pens=E9e de=20 Soukeina et des entants, qui avaient mis en lui tous leurs espoirs. Dans = une=20 pri=E8re silencieuse, il supplia Dieu de l'=E9pargner le temps de mener = =E0 bien sa=20 mission.

Mais cela ne devait pas =EAtre. Une fl=E8che = transper=E7a l'outre.=20 qui se vida en peu d'instants. Une autre se ficha dans l'=9Cil du = h=E9ros d=E9sempar=E9=20 par l'=E9chec de son entreprise. Un coup mortel fut ass=E9n=E9 =E0 Abbas = par derri=E8re,=20 avec une massue de fer. IL chancela et tomba sur le sable br=FBlant. = Sentant la=20 mort approcher =E0 grande pas, Abbas appela L'Imam Houssein... Comme en = r=E9ponse =E0=20 son cri de d=E9tresse, il sentit sa pr=E9sence =E0 ses c=F4t=E9s. IL ne = voyait rien qu'un=20 brouillard rouge=E2tre. car un =9Cil avait =E9t=E9 perc=E9 d'une = fl=E8che, et l'autre =E9tait=20 noy=E9 de sang. IL ne pouvait voir, mais il sentit son Ma=EEtre = s'agenouiller pr=E8s=20 de lui, et soulever sa t=EAte, et la poser sur ses genoux. Aucun d'eux = ne parla=20 pendant plusieurs secondes car tous deux =E9taient bris=E9s par = l'=E9motion. A la fin,=20 l'Imam Houssein rompit le silence, parlant d'une voix entrecoup=E9e de=20 sanglots:

- Abbas. mon fr=E8re, comment t'ont-ils = trait=E9...

- Tu es venu, mon Ma=EEtre! Je craignais de ne = pouvoir te dire=20 adieu, mais Dieu merci tu es venu! Abbas laissa glisser sa t=EAte sur le = sable.=20 Tendrement l'Imam Houssein la prit dans ses mains et la remit sur ses = genoux,=20 lui demandant pourquoi il l'avait retir=E9e.

- Mon Ma=EEtre! Quand toi, tu rendras ton dernier = soupir,=20 personne ne sera pr=E8s de toi pour prendre ta t=EAte sur ses genoux, ni = pour te=20 r=E9conforter. C'est pourquoi il vaut mieux que ma t=EAte repose sur le = sable=20 lorsque je rendrai l'=E2me, tout comme ce sera le cas pour toi-m=EAme. = Et puis je=20 suis ton serviteur et toi tu es mon Ma=EEtre, et il n'est pas convenable = que je=20 pose ma t=E8te sur tes genoux. L'Imam Houssein regardait le visage de ce = fr=E8re si=20 d=E9vou=E9, et il ne pouvait retenir ses sanglots.

- Mon Ma=EEtre, je voudrais exprimer mes derni=E8res = volont=E9s.=20 Quand je suis venu au monde, ton visage est la premi=E8re chose que j'ai = vue, et=20 je voudrais pouvoir le contempler encore =E0 l'heure de rendre l'=E2me. = Mon deuxi=E8me=20 souhait est que tu ne ram=E8nes pas mon corps au campement. J'avais = promis =E0=20 Soukeina de lui rapporter son outre pleine d'eau, et je n'ai pu tenir ma = promesse. Je n'ose donc pas me trouver en sa pr=E9sence, m=EAme apr=E8s = ma mort. Et=20 puis depuis ce matin tu as subi tant d'=E9preuves, =F4 mon Ma=EEtre, que = je ne veux=20 pas que tu =E9puises tes forces en transportant mon corps. Enfin je' ne = veux pas=20 que tu laisses Soukeina venir jusqu'ici. Je sais quelle affection elle = =E9prouvait=20 pour moi. Me voir dans cet =E9tat pourrait la tuer

- Abbas, je te promets de respecter tes derni=E8res = volont=E9s.=20 Mais moi aussi je veux te demander une faveur. Depuis ton enfance tu = m'appelles,=20 ton Ma=EEtre. Au moins une fois appelle-moi ton fr=E8re !

-L'Imam Houssein nettoya le sang qui aveuglait = l'=9Cil rest=E9=20 valide. Les deux fr=E8res =E9chang=E8rent un long regard d'adieu. Abbas = murmura:

- Mon fr=E8re ! Mon fr=E8re ! Et avec ces mots il = rendit le dernier=20 soupir.

L'Imam Houssein s'effondra:

- O Abbas ! Qui nous d=E9fendra d=E9sormais, Soukeina = et moi ?

***

La m=E8re scrutait le visage de son enfant. Sa peau = avait pris la=20 couleur de la cendre. Sa maigreur =E9tait telle que tous les os = faisaient saillie.=20 Les yeux fi=E9vreux, angoiss=E9s, enfonc=E9s dans les orbites, = semblaient chercher=20 quelque chose. Il entrouvrit ses l=E8vres s=E8ches et dures sur = lesquelles il passa=20 une langue qui ressemblait =E0 un os dess=E9ch=E9.

La m=E8re regardait, impuissante. Elle attendait que = la mort=20 vienne d=E9livrer son enfant de cette interminable agonie.

-Mais quelle m=E8re peut regarder son enfant mourir = ainsi de faim=20 et de soif ? Ne pouvait-elle rien faire pour lui donner un peu de l'eau = qui=20 coulait =E0 flots, quelques centaines de m=E8tres plus loin ? Depuis = trois jours=20 tout le camp se mourait de soif. Pendant un jour la m=E8re avait pu = allaiter son=20 enfant. puis le lait s'=E9tait tari... Une pens=E9e fugitive traversa = son esprit :=20 prendre l'enfant dans ses bras et courir, courir jusqu'au fleuve et y = plonger le=20 petit moribond ! Mais ce n'=E9tait qu'une id=E9e folle, qu'elle rejeta = aussit=F4t. Que=20 penserait son =E9poux, l'Imam Houssein, d'une telle initiative ? = N'avait-il pas eu=20 son lot de tourments depuis le matin, perdant l'un apr=E8s l'autre ses = amis, ses=20 parents, et rapportant lui-m=EAme, dans ses bras, jusqu'au campement, = leur=20 d=E9pouille vid=E9e de sang ?

Chaque instant qui passait aggravait l'=E9tat de = l'enfant. Chaque=20 instant qui fuyait avivait l'angoisse

de la m=E8re. Elle ne savait que faire. Elle se leva. = Elle serra=20 l'enfant dans ses bras, tournant en rond dans la tente surchauff=E9e. Un = bruit=20 l=E9ger derri=E8re elle la fit tressaillir. C'=E9tait l'Imam Houssein = qui entrait. Ne=20 pouvant r=E9primer plus longtemps son angoisse, elle le supplia:

- Mon Ma=EEtre ! Mon enfant innocent est en train de = mourir de=20 soif ! Pour l'amour de Dieu, fais quelque chose pour lui !

L'Imam Houssein la regarda, il regarda l'enfant. Il = se rendait=20 compte =E0 quel point les craintes de la m=E8re =E9taient fond=E9es. IL = r=E9fl=E9chit un=20 instant, et lui dit:

- Omm Rabab, donne-moi Abdallah ! Je vais demander = =E0 l'arm=E9e de=20 Yazid de lui donner =E0 boire ! Emport=E9e par la joie, =E0 l'id=E9e que = son nourrisson=20 allait enfin pouvoir =E9tancher sa soif, Omm Rabab le tendit =E0 son = p=E8re.

- Fais vite ! Le temps presse... Que Dieu te vienne = en aide !=20 Quand tu seras dehors, ne laisse pas Abdallah en plein soleil, couvre-le = avec=20 ton v=E9tement ; dans l'=E9tat o=F9 il est, il dess=E9cherait comme une = fleur expos=E9e =E0=20 la fournaise.

Omm Rabab suivit l'Imam Houssein =E0 l'entr=E9e de la = tente, et=20 resta l=E0, debout, le regardant s'=E9loigner vers l'arm=E9e de = Yazid.

Les soldats virent l'Imam Houssein venir =E0 leur = rencontre.=20 Comme il avait chang=E9 en un jour ! Comme il =E9tait devenu = m=E9connaissable ! Son=20 dos s'=E9tait vo=FBt=E9, ses cheveux et sa barbe =E9taient devenus = presque blancs, tant=20 il avait endur=E9 de tourments et de peines depuis le matin. Ils = voyaient qu'il=20 portait quelque chose sous son v=EAtement. Un grand nombre pensaient que = ce devait=20 =EAtre le Saint Coran, et qu'il souhaitait sans doute s'en remettre =E0 = l'arbitrage=20 du Livre pour d=E9cider entre lui et Yazid. L'Imam Houssein approcha = encore,=20 jusqu'=E0 ce qu'il soit certain que tous pourraient voir distinctement = ce qu'il=20 voulait leur montrer. Alors il sortit Abdallah et l'=E9leva =E0 bout de = bras. Il=20 d=E9clara d'une voix forte:

- O soldats de Koufa et de Damas ! Je suis venu ici = sur=20 l'invitation des v6tres pour leur pr=EAcher les Principes de l'Islam. Au = lieu de=20 nous traiter, moi et les miens, comme vos invit=E9s, vous nous avez = trahis. Vous=20 nous emp=EAchez m=EAme de boire la moindre goutte d'eau depuis trois = jours. Vous=20 avez tu=E9 mes fid=E8les amis, mes neveux, mes fr=E8res. mon fils... Si = dans votre=20 esprit nous avons commis un crime impardonnable en refusant de nous = incliner=20 devant Yazid le dictateur, mon enfant que. voici, qui est encore un = nourrisson.=20 n'a commis aucune faute, lui ! Depuis trois jours il n'a re=E7u aucune = nourriture.=20 Il est en train de mourir de soif... L'Islam est la Religion que vous = affirmez=20 suivre, et c'est au nom de l'Islam que je vous conjure de donner =E0 = boire =E0 cet=20 enfant innocent. Je suis s=FBr que nombreux sont ceux parmi vous qui ont = des=20 enfants de cet =E2ge. Je vous supplie, pour l'amour de vos enfants, de = ne pas=20 laisser celui-ci mourir de soif!

Les paroles de !'Imam Houssein, et la vue d'Abdallah = mourant de=20 soif, boulevers=E8rent ces hommes qui n'avaient pourtant pas h=E9sit=E9 = =E0 massacrer=20 des gar=E7ons de douze et quatorze ans. Certains ne pouvaient retenir = des larmes.=20 Plusieurs commen=E7aient =E0 chuchoter que l'on devrait demander =E0 = Omar fils de=20 Saad, le commandant de l'arm=E9e, la permission de d=E9salt=E9rer = l'enfant. L'Imam=20 Houssein reprit:

- Arm=E9e de Yazid ! Peut-=EAtre certains parmi vous = craignent-ils=20 que ma demande ne soit une ruse pour obtenir de l'eau pour moi-m=EAme, = pour=20 apaiser ma propre soif. Je vous jure que je suis incapable de ce genre = de ruse!=20 Pour vous d=E9montrer ma bonne foi, je suis pr=EAt =E0 vous confier mon = enfant, pour=20 que vous lui donniez vous-m=EAmes =E0 boire. Ce n'est que lorsque vous = l'aurez=20 vous-m=EAmes d=E9salt=E9r=E9 que vous me le rendrez. Je vais poser = Abdallah par terre.=20 Ainsi n'importe lequel d'entre vous pourra venir le prendre...

En disant cela, l'Imam Houssein =E9tala un morceau = d'=E9toffe sur=20 le sol et y d=E9posa Abdallah. Son geste acheva de ramener des = sentiments humains=20 dans le c=9Cur des soldats de Yazid. Plusieurs se rendirent aupr=E8s = d'Omar fils de=20 Saad. et lui dirent qu'il ne pouvait pas refuser un peu d'eau =E0 un = enfant =E0=20 peine =E2g=E9 de quelques mois. Omar se rendit compte que, s'il = refusait, certains=20 de ses hommes =E9taient pr=EAts =E0 se r=E9volter contre lui. Il se = tourna vers son=20 archer Harmala. qui =E9tait un tireur d'=E9lite:

Harmala ! Voici pour toi l'occasion de gagner la = reconnaissance=20 du Calife Yazid ! Mets fin =E0 cette situation qui ne saurait durer plus = longtemps: montre-nous ton adresse en per=E7ant la gorge de l'enfant = !

Harmala imagina de quelles faveur le prince ne = manquerait pas=20 de le gratifier lorsqu'il apprendrait comment il avait tir=E9 Omar fils = de Saad=20 d'une situation embarrassante. Sans perdre une seconde, il se leva, prit = son arc=20 et ses fl=E8ches, et se posta au meilleur endroit pour viser sa cible. A = la=20 seconde m=EAme o=F9 il d=E9cochait sa fl=E8che, l'Imam Houssein = s'=E9tait baiss=E9 et avait=20 reprit Abdallah dans ses bras.

La fl=E8che manqua son but. Harmala sortit une autre = fl=E8che de=20 son carquois et visa soigneusement. Dans le lointain, il apercevait une = femme,=20 debout =E0 l'entr=E9e d'une tente... Sans doute la m=E8re de l'enfant = attendant.=20 angoiss=E9e... Cela le troubla, et la

deuxi=E8me fl=E8che se perdit elle aussi dans le = sable. Omar fils=20 de Saad, qui avait vu les deux =E9checs de son meilleur archer, = s'impatientait. La=20 situation risquait de devenir critique pour lui. Quelques soldats. = indign=E9s de=20 ce que l'on =E9tait en train de faire, commen=E7aient =E0 murmurer. Il = fallait en=20 finir, vite ! II fit =E0 Harmala des promesses d=E9lirantes. Mais ce = n'=E9tait pas la=20 peine, car l'archer se sentait humili=E9 d'avoir =E0 deux reprises = manqu=E9 sa cible.=20 Il ajusta avec soin son tir, bloqua sa respiration, et sur de lui = l=E2cha sa=20 troisi=E8me fl=E8che.

Un jet de sang inonda le visage de l'Imam Houssein. = La fl=E8che=20 avait frapp=E9 avec tant de violence la fragile gorge du tout petit = enfant qu'elle=20 l'avait emport=E9e dans sa course.

Mon fils ! A quel niveau de d=E9gradation ces gens = sont donc=20 arriv=E9s, pour ne pas m=EAme =E9pargner un enfant innocent comme toi = !Accabl=E9, l'Imam=20 Houssein leva sans rien dire le corps d'Abdallah vers le ciel, jusqu'=E0 = ce que la=20 derni=E8re goutte de sang se fut perdue dans le sable.

Mon Dieu ! Tu es T=E9moin de ce qu'ils ont fait ! Il = serra le=20 corps sans vie d'Abdallah contre son c=9Cur, te couvrit de son = v=EAtement, et=20 retourna lentement vers le campement. Il s'arr=EAta devant la m=E8re = d=E9vor=E9e=20 d'angoisse. Celle-ci vit le visage boulevers=E9 de l'Imam Houssein, ses = joues=20 couvertes de larmes et =E9clabouss=E9es de sang. Elle sut ce qu'il = allait lui=20 dire.

- Omm Rabab, en tant que ton =E9poux et ton ma=EEtre, = je te demande=20 de me promettre de faire ce que je vais te commander.

- Mon Ma=EEtre, je ferai exactement ce que tu = m'ordonneras. Mais=20 dis-moi ce qu'ils ont fait =E0 mon enfant. Tous les hommes de la famille = sont=20 morts en combattant courageusement, mais mon fils =E9tait trop jeune = pour cela !=20 Lui ont-ils au moins donn=E9 =E0 boire, avant de le tuer ? M=EAme aux = animaux on donne=20 =E0 boire avant de les =E9gorger...

- Omm Rabab, je te demande de ne pas appeler la = Col=E8re de Dieu=20 sur ceux qui ont tu=E9 ton fils. H=E9las, ils ne lui ont pas offert la = moindre=20 goutte d'eau. A la demande que je leur ai faite, ils ont r=E9pondu en = lui lan=E7ant=20 une fl=E8che !

L'Imam Houssein sortit le petit corps de sous son = v=EAtement, et=20 le tendit =E2 son =E9pouse. Omm Rabab le serra contre elle, et = s'effondra en hurlant=20 de douleur. Quelle m=E8re pourrait voir son enfant, son nourrisson dans = cet =E9tat,=20 et rester calme et impassible ? Zaynab et les autres femmes vinrent = consoler la=20 malheureuse m=E8re. Au bout d'un long moment, celle-ci s'approcha de = l'Imam=20 Houssein.

Mon Ma=EEtre, je te demande d'ensevelir de tes = propres mains mon=20 pauvre Abdallah, Car je sais que lorsque tu ne seras plus l=E0, ces = monstres=20 n'h=E9siteront pas =E0 profaner les restes de nos Martyrs. Alors l'Imam = Houssein,=20 sans personne pour l'aider, pour le soutenir, pour le consoler, creusa = de ses=20 propres mains une petite tombe dans le sable. Il y d=E9posa le petit = corps sans=20 vie. Quant il eut referm=E9 la tombe, et r=E9cit=E9 la Fatiha, il leva = le visage vers=20 le ciel :- Mon Dieu ! Tu es T=E9moin que je n'ai pas failli =E0 mon = devoir, et que=20 je t'ai offert en sacrifice tous ceux Que j'aimais, m=EAme mon b=E9b=E9, = m=EAme Abdallah=20 !

***

L'Imam Houssein =E9tait seul. Tout seul, sans = personne pour=20 l'aider, sans personne pour le d=E9fendre. En face, il y avait une = arm=E9e forte de=20 pr=E8s de cinq mille hommes, assoiff=E9s de son sang. Il =E9tait assis = sur le sable,=20 pr=E8s de la tombe d'Abdallah. Il =E9coutait le roulement des tambours = de guerre, et=20 les cris pouss=E9s par les hommes de Yazid:

- N'y a-t-il personne pour venir nous combattre? = L'Imam=20 Houssein se demandait s'ils s'attendaient vraiment =E0 ce qu'il reste = encore=20 quelqu'un pour les combattre, ou s'ils ne poussaient leur clameur que = pour se=20 moquer de lui. Ne savaient-ils pas que tous ses courageux amis, ses = Ch=EFtes=20 fid=E8les, avaient tous vers=E9 leur sang pour le d=E9fendre? = Ignoraient-ils qu'ils=20 avaient massacr=E9 tous ses proches, ses fraiser, ses cousins, ses = neveux, ses=20 fils ?

Il ne restait plus maintenant, avec l'Imam Houssein, = que les=20 femmes et les enfants. Et aussi Ali Zayn Abidine, clou=E9 au lit depuis = plusieurs=20 jours par une fi=E8vre d=E9vorante, trop faible m=EAme pour lever = seulement la=20 t=EAte...

Le soleil d=E9clinait sur la plaine de Karbala. Les = ombres=20 s'allongeaient sur le sol. Les cris des hordes omayyades devinrent plus=20 vocif=E9rants, les appels au combat se firent plus pressants. Quelques = soldats,=20 plus impatients que d'autres, s'approch=E8rent:

- H=E9 Houssein ! O=F9 sont donc pass=E9s tes soldats = qui semblaient=20 si press=E9s de mourir pour toi ? O=F9 sont donc tes parents, tes = fr=E8res, tes=20 cousins, qui avaient jur=E9 de te prot=E9ger et d'emp=EAcher quiconque = d'=E9lever la=20 voix contre toi?

L'Imam Houssein se leva. Il marcha jusqu'au milieu du = campement, et il appela les femmes de la

Famille du Proph=E8te:

- Zavnab et Kolsoum, mes s=9Curs, Omm Layla, Omm = Rabab, et vous=20 mes filles, Rokayya, Soukeina ! Et toi aussi Fizza, ma nourrice ! Venez = toutes.=20 L'heure de nous dire adieu a sonn=E9 !

Toutes elles accoururent =E0 son appel. Toutes elles = se=20 press=E8rent autour de lui. Zaynab prit la parole:

- Mon fr=E8re, est-ce bien vrai que tu vas partir = pour ton=20 dernier voyage ? Que nous ne te reverrons plus vivant ? Vas-tu partir en = nous=20 laissant seules, =E0 la merci de ces brutes sauvages ?

-Oui Zaynab ! Le moment est arriv=E9, en vue duquel = notre m=E8re=20 t'a pr=E9par=E9e depuis ta plus tendre enfance. Je suis bien triste de = vous laisser,=20 car je sais que vos souffrances ne vont pas prendre fin aujourd'hui, = mais=20 commencer!

-O mon fr=E8re bien aim=E9 ! Quand tu seras au = Paradis, tout =E0=20 l'heure, je te supplie de parler =E0 notre grand-p=E8re en notre faveur = !=20 Demande-lui d'interc=E9der pour que nous venions vite vous rejoindre, et = pour que=20 nous soient =E9pargn=E9s les outrages et les ignominies qui nous = attendent en ce=20 monde!

-Zaynab, si tu quittais ce monde si vite, qui donc=20 s'acquitterait de la mission que tu dois remplir? Qui m=E8nerait =E0 son = terme la=20 t=E2che que je laisse inachev=E9e ? Zaynab je te confie mes orphelins et = mes veuves,=20 et ceux et celles de mes courageux compagnons. C'est maintenant =E0 toi, = Zaynab de=20 les diriger, de veiller sur eux, de prendre soin d'eux et de les = consoler. Je=20 mourrai en paix si tu me promets, Zaynab, d'=EAtre pour eux tous ce = qu'=E9taient=20 tous ceux qu'ils ont perdus aujourd'hui!

L'Imam Hossavn regarda longuement sa s=9Cur Zaynab, = et il=20 reprit:

-Zaynab, je te recommande particuli=E8rement de = veiller sur mon=20 fils Ali Zayn Abidine; que la maladie a conduit =E0 deux doigts de la = mort. C'est=20 lui mon Successeur. Il te faut co=FBte que co=FBte le prot=E9ger. Je te = recommande=20 aussi Soukeina ma petite. fille, qui ne m'a jamais Quitt=E9, pas m=EAme = un seul=20 jour. Console-la du mieux que tu le pourras. Je me souviens de quelle = mani=E8re=20 elle a demand=E9 =E0 son oncle Abbas de rapporter de l'eau ; mais depuis = sa mort=20 elle n'a pas souffl=E9 un mot. Quand vous recevrez =E0 boire, ,apr=E8s = ma mort,=20 donne-lui =E0 boire =E0 elle en premier.

Chacun des mots que pronon=E7ait l'Imam Houssein = p=E9n=E9trait dans=20 le c=9Cur meurtri de sa s=9Cur. Zaynab =E9tait incapable de r=E9pondre. = Tout ce qu'elle=20 pouvait faire =E9tait de hocher la t=EAte pour montrer Qu'elle avait = bien compris,=20 et qu'elle ferait son devoir.

- Zaynab, les hommes de Yazid vont vous prendre comme = prisonniers. Peut-=EAtre arracheront ils les voiles des femmes. = Peut-=EAtre vous=20 exhiberont-ils dans les rues de Koufa et de Damas. Peut-=EAtre vous=20 attacheront-ils ou vous chargeront-ils de cha=EEnes.

Peut-=EAtre m=EAme iront-ils jusqu'=E0 vous frapper = et vous torturer,=20 vous les femmes et les enfants de la Maison du Proph=E8te! C'est une = longue=20 p=E9riode de dures =E9preuves qui commence pour vous tous, Zaynab. Je te = demande de=20 ne jamais perdre patience, de ne jamais perdre espoir. Zaynab, c'est =E0 = toi, =E0=20 toi seule, qu'il reviendra de redonner courage aux enfants et aux = femmes, et de=20 leur demander sans cesse de prier Dieu de les aider =E0 tout supporter. = N'oublie=20 jamais, Zaynab, que nous, Gens de la Maison du Proph=E8te, nous devons = toujours=20 rester fermes =E0 l'heure des =E9preuves, sans m=EAme jamais maudire nos = bourreaux=20 !

Quand l'Imam Houssein eut fini d=E9 parler, Zaynab le = regarda =E0=20 travers ses larmes et dit, d'une voix douce:

- Houssein, mon fr=E8re, je te promets de faire = exactement tout=20 ce que tu m'as command=E9. Mon fr=E8re, prie pour moi, que Dieu me donne = la force et=20 la patience dont j'aurai besoin. Avec le secours de Dieu Tout Puissant,=20 j'assumerai toutes les responsabilit=E9s qui m'incombent d=E9sormais. et = je=20 montrerai =E0 tous que je suis Zaynab, la s=9Cur de Houssein, la fille = d'Ali et=20 Fatima, la petite-fille de l'Envoy=E9 de Dieu !

L'Imam Houssein embrassa longuement sa s=9Cur, puis = il se tourna=20 vers la fid=E8le Fizza, sa nourrice, qui l'aimait comme son propre fils. = Elle=20 avait promis =E0 Fatima, la m=E8re de l'Imam Houssein, de veiller sur = lui, de ne=20 jamais le quitter. Et malgr=E9 son grand =E2ge, pour tenir sa promesse, = elle n'avait=20 pas h=E9sit=E9 =E0 se lancer dans ce long et p=E9rilleux voyage, = malgr=E9 tous les efforts=20 de l'Imam pour l'en dissuader.

L'Imam Houssein entra sous la tente o=F9 gisait, = toujours=20 inconscient, son fils Ali Zayn Abidine. Il lui toucha l'=E9paule, en = disant:

- Mon fils, je viens te dire adieu. L=E8ve-toi, et = embrasse moi=20 pour la derni=E8re fois. Ali Zayn Abidine s'=E9veilla de sa torpeur. Il = ouvrit les=20 yeux, vit son p=E8re qu'il eut du mal =E0 reconna=EEtre tant ses traits = accusaient les=20 =E9preuves de la journ=E9e. Avec un effort surhumain il r=E9ussit =E0 = s'asseoir sur son=20 lit.

- Mon Dieu ! Qu'ont donc fait- les ennemis =E0 mon = p=E8re, pour=20 qu'il en soit si affect=E9 ? P=E8re, o=F9 est mon oncle Abbas, o=F9 est = mon fr=E8re Akbar=20 ? O=F9 sont mes cousins Qasim, et Aoun et Mohammad ? Comment est-il = possible que=20 tu sois dans un tel =E9tat si un seul d'entre eux est encore vivant pour = te=20 prot=E9ger ?

- Mon fils, tous ont goutt=E9 le Martyre en me = d=E9fendant ainsi=20 que la cause de l'Islam. Il ne reste plus aucun homme dans le camp, =E0 = part toi=20 et moi. C'est maintenant mon tour d'aller combattre et de mourir les = armes =E0 la=20 main. Je suis venu te dire adieu.

A ces mots, Ali Zayn Abidine se mit debout, et dit en = chancelant:

- P=E8re ! Tant que je serai en vie tu ne peux =EAtre = tu=E9! Je=20 demande ton autorisation d'aller au combat comme ont fait tous les = autres avant=20 moi!

Mais il =E9tait br=FBlant de fi=E8vre. Il ne put = rester debout, ses=20 jambes ne le portaient pas...

- Mon fils, r=E9pondit l'Imam Houssein, je t'ordonne, = en tant que=20 ton p=E8re et ton Imam, de rester dans ce lit. Ton devoir est = d'accompagner tes=20 tantes, ta m=E8re et tes s=9Curs, et les autres femmes en captivit=E9. = Ton devoir est=20 de marcher dans les rues de Koufa et de Damas les mains et les pieds = charg=E9s de=20 cha=EEnes. Ton devoir est de supporter les insultes =E0 la Cour de = Yazid, et de=20 subir tout cela avec fermet=E9 d'=E2me et patience. Ton devoir est de = montrer =E0=20 tous, =E0 Yazid comme aux Musulmans, aux vivants et aux g=E9n=E9rations = futures, que=20 nous, Gens de la Maison du Proph=E8te, nous pouvons supporter toutes les = =E9preuves=20 et toutes les peines avec une Foi ind=E9fectible en Dieu et en notre = Cause. Ton=20 devoir, mon fils, est de prouver =E0 tous, en tous lieux et =E0 toutes = les =E9poques,=20 que le v=E9ritable combat, le v=E9ritable Jihad, est de montrer sa Foi = quand sonne=20 l'heure des =E9preuves, quand on rencontre les pires difficult=E9s, les = plus=20 =E9prouvantes situations. Ce que tu vas souffrir, mon fils, est mille = fois pire=20 que la mort, car la mort apporte le soulagement. Mais toi, mon fils, tu = devras=20 vivre des ann=E9es et des ann=E9es, avec le souvenir des plus cruelles = des=20 souffrances!

L'Imam Houssein serra son fils contre son c=9Cur. Le = p=E8re et le=20 fils se s=E9par=E8rent pour toujours. Ali Zayn Abidine, accabl=E9 de = chagrin autant=20 que par sa maladie, s'effondra inconscient. La Mis=E9ricorde de Dieu lui = =E9pargna=20 d'assister au d=E9part de son p=E8re.

***

Ses adieux termin=E9s, l'Imam Houssein enfourcha son = cheval=20 Zuljanah. Zaynab, surmontant sa propre peine, s'occupait de = r=E9conforter chacun.=20 L'Imam Houssein =E9peronna sa monture, mais Zuljanah demeura immobile. = Que se=20 passait-il donc?

L'Imam Houssein, regardant tout autour, d=E9couvrit = sa petite=20 fille, Soukeina, qui tenait les pattes avant du cheval en murmurant:

-Zuljanah, je t'en supplie, n'emporte pas mon p=E8re = sur le champ=20 de bataille d'o=F9 personne n'est revenu aujourd'hui. Zuljanah mon oncle = Abbas est=20 parti chercher de l'eau, mais il n'est jamais revenu. Zuljanah, j'ai = entendu=20 parler mon p=E8re : il veut partir pour toujours et ne reviendra jamais. = Zuljanah,=20 n'emporte pas mon p=E8re, si tu ne veux pas me voir orpheline, sans = personne pour=20 m'aimer ni s'occuper de moi.

L'Imam Houssein sauta =E0 terre et prit Soukeina dans = ses=20 bras.

-Soukeina, ma ch=E9rie, pourquoi n'es-tu pas rest=E9e = sous la=20 tente? Ta m=E8re a besoin que tu la consoles, apr=E8s la mort = d'Abdallah. Soukeina=20 regarda son p=E8re dans les yeux.

-Papa, dis-moi: ne pars-tu pas, pour ne jamais = revenir? N'es-tu=20 pas sur le point de laisser ta Soukeina pour toujours? Papa, comment ta = Soukeina=20 pourra-t-elle survivre sans toi? Quand tu as ramen=E9 le corps sans vie = de mon=20 fr=E8re Akbar, j'ai cru que j'allais mourir de chagrin. Mais tu =E9tais = l=E0, mon=20 petit Papa. Tu =E9tais l=E0, et tu m'as consol=E9e. Quand tu m'as dit = que mon oncle=20 Abbas =E9tait parti pour le Paradis et que je ne le verrai plus, j'ai = cru devenir=20 folle de tristesse, mais tu as su encore me r=E9conforter. Dis-moi, = Papa: quand tu=20 seras parti, qui restera pour me parler, pour me rassurer. Qui partagera = mes=20 peines, qui me dira quelques mots de r=E9confort? Je ne te laisserai pas = partir,=20 Papa. Tu ne partiras pas !

Rassemblant tout son courage, l'Imam Houssein = r=E9pondit =E0 sa=20 fille:

- Soukeina, ma ch=E9rie! Comment pourrais-je = t'expliquer que je=20 dois partir pour combattre et =EAtre tu=E9? Comment pourrais je te faire = comprendre=20 que je dois mourir pour la Cause de la Justice et de la V=E9rit=E9, et = que pour=20 cette Cause, je dois sacrifier tout ce que j'aime le plus au monde? Tout = ce que=20 je peux te dire, c'est que la vie dans ce monde ne dure pas tr=E8s = longtemps. Ma=20 ch=E9rie, je ne fais que partir un peu avant toi, mais tu viendras me = rejoindre=20 bient=F4t au Paradis. Maintenant Soukeina, il faut que tu me laisses = partir. Ne me=20 retiens pas. Mais adresse moi plut=F4t ton plus joli sourire pour me = dire au=20 revoir!

-Papa, tu dis que je te rejoindrai au Paradis. = Promets-moi ,=20 Papa, que ce sera bient=F4t, tr=E8s bient=F4t! Promets-moi de demander = =E0 Dieu que nous=20 ne soyons pas s=E9par=E9s longtemps. Et promets-moi encore, mon petit = Papa, puisque=20 je ne te verrai plus, de venir dans mes r=EAves toutes les nuits. = Promets-le moi,=20 Papa ! S'il te pla=EEt, promets-le moi!

- Je te le promets, ma ch=E9rie. Je te le = promets.

Soukeina se laissa glisser des bras de son p=E8re. = Elle=20 l'embrassa, et resta debout pr=E9s du cheval. L'Imam Houssein enfourcha = Zuljan=E2h.=20 Il eut un dernier regard pour sa petite fille, un dernier sourire = baign=E9 de=20 larmes.

- Zuljanah ! C'est la derni=E8re fois que je te = monte.=20 Emporte-moi l=E0 o=F9 m'attend mon destin. Emporte-moi au terme de mon = voyage!=20 Zuljanah, =E9peronn=E9, s'=E9lan=E7a vers le champ de bataille, l=E0 = o=F9 r=E9sonnaient les=20 tambours de guerre et les clameurs r=E9clamant encore du sang. Soukeina, = immobile,=20 agitait sa petite main pour dire adieu =E0 son p=E8re.

***

- Soldats de Yazid! Je suis venu vous demander si = vous me=20 connaissez. L'Imam Houssein, qui avait rev=EAtu la tunique et le turban = de son=20 grand-p=E8re, le Messager de Dieu, faisait face, seul, aux cinq mille = hommes de=20 l'arm=E9e omayyade.

-Soldats de Yazid ! Pour ceux d'entre vous qui ne me=20 conna=EEtraient pas, je suis Houssein, le petit-fils du Proph=E8te = Mohammad, que=20 vous reconnaissez comme le Proph=E8te de l'Islam! Je suis le fils de = Fatima, la=20 fille du Proph=E8te, et d'Ali, le cousin du Proph=E8te. Je suis le = dernier des cinq=20 personnes =E0 propos desquelles le Proph=E8te a parl=E9 maintes et = maintes fois.=20 Nombreux sont ceux parmi vous qui ont vu et entendu le Proph=E8te. A = ceux-l=E0, je=20 demande s'ils ne se souviennent pas avoir vu le Proph=E8te me porter sur = ses=20 =E9paules, en m=EAme temps que mon fr=E8re Hassan, quand nous =E9tions = enfants?=20 N'ont-ils pas entendu le Proph=E8te dire que j'=E9tais le plus cher de = ses enfants?=20 N'ont-ils jamais vu les yeux du Proph=E8te mouill=E9s de larmes lorsque = j'avais la=20 moindre peine, le moindre chagrin? Le Proph=E8te n'est plus, mais moi je = suis ici=20 devant vous! Vous avez bless=E9 mon c=9Cur en massacrant sans piti=E9 = mes fils, mes=20 fr=E8res, mes neveux, mes fid=E8les compagnons. Vous n'avez pas = =E9pargn=E9 mon fils=20 Abdallah, pauvre nourrisson innocent qui ne vous avait fait aucun mal! = Chacun=20 d'eux a =E9t=E9 tu=E9 alors qu'il souffrait de la faim et de la soif et = depuis plus de=20 trois jours vous avez refus=E9 =E0 toute ma Famille la moindre parcelle = de=20 nourriture, la moindre goutte d'eau, malgr=E9 la chaleur =E9touffante = qui r=E8gne dans=20 cette plaine. Au Nom de Dieu, je vous demande ce que je vous ai fait = pour=20 m=E9riter un tel traitement?

-Omar fils de Saad r=E9pondit =E0 l'Imam = Houssein:

Houssein, tu nous fatigues avec tes discours! Nous = t'avons=20 laiss=E9 la possibilit=E9 de reconna=EEtre le Calife Yazid comme ton = Ma=EEtre spirituel=20 et ton Chef politique. et te soumettre =E0 ses lois et =E0 sa volont=E9 = dans tous les=20 domaines. Reconnais le comme Commandeur des Croyants et Successeur du = Proph=E8te!=20 Tu sauveras ta vie, et tu =E9pargneras souffrances et humiliations =E0 = ta famille.=20 Tu n'as pas d'autre choix!

- Omar fils de Saad ! Ton p=E8re =E9tait un Compagnon = du Proph=E8te.=20 Toi-m=EAme tu as =E9t=E9 t=E9moin de ce que j'ai dit car tu accompagnais = souvent ton=20 p=E8re quand il rendait visite =E0 mon grand-p=E8re. Crois-tu que je = vais reconna=EEtre=20 un d=E9bauch=E9 comme mon Ma=EEtre spirituel et comme le Successeur du = Proph=E8te?=20 Crois-tu que je vais accepter les changements et les d=E9viations qu'il = veut=20 introduire dans la Religion sans rien dire? Crois-tu que je me = soumettrais =E0 une=20 telle abjection pour sauver ma vie et =E9pargner souffrances et = humiliations aux=20 femmes et aux enfants de la Maison du Proph=E8te ? Si l'abandon des = Principes de=20 l'Islam et des Enseignements du Coran est le prix que tu demandes pour = ma vie et=20 l'honneur de ma Famille, sache que je rejette ton offre = m=E9prisable!

Cela suffit, Houssein ! Tu refuses la seule et unique = chose que=20 nous te demandons reconna=EEtre autorit=E9 religieuse du Calife Yazid, = et le droit=20 pour qui de d=E9cider ce qu'il veut dans toutes les questions = religieuses. Tu ne=20 discutes avec nous que pour gagner du temps. Nous savons bien que tu = n'as aucune=20 chance contre toute notre arm=E9e. Dans l'=E9tat o=F9 tu es m=EAme le = plus faible de mes=20 soldats te vaincrait sans effort...

L'insulte prof=E9r=E9e par Omar fit bouillonner le = sang de l'Imam=20 Houssein. Lui, le fils du Lion de Dieu mit la main au fourreau, sortit = son=20 glaive et rugit, d'une voix puissante:

- Omar fils de Saad ! Je propose le combat en duel = non=20 seulement au plus fort et au plus courageux de tes hommes, mais encore = =E0 tous=20 ceux que tu voudras envoyer me combattre, l'un apr=E8s l'autre!

Comme un serpent glac=E9 et hideux, la peur s'insinua = dans les=20 veines, se lova dans le c=9Cur des cinq mille hommes mass=E9s en face de = l'Imam=20 Houssein. Tous se souvinrent d'Ali, le p=E8re de Houssein, qui avait de = la sorte=20 provoqu=E9 et d=E9fait tant et tant d'adversaires autrement courageux = qu'eux ! Aucun=20 n'eut le courage de relever le d=E9fi lanc=E9 par cet homme =E2g=E9 de = pr=E8s de soixante=20 ans, couvert de blessures, =E9puis=E9, affam=E9, =E0 moiti=E9 mort de = soif ! Omar fils de=20 Saad ordonna =E0 ses archers de lancer une vol=E9e de fl=E8ches vers = l'Imam Houssein,=20 =E0 sa cavalerie et =E0 son infanterie de man=9Cuvrer pour = l'encercler.

L'Imam Houssein lan=E7a son cheval contre ceux qui se = pr=E9paraient=20 =E0 l'attaquer. Son =E9p=E9e fauchait tous ceux qui =E9taient =E0 sa = port=E9e. Comme une=20 fl=E8che, il traversa l'aile gauche de l'arm=E9e omayyade, d=E9crivit un = cercle pour=20 aller mettre l'aile droite en d=E9route, revint semer la confusion en = plein c=9Cur=20 de la horde =E9pouvant=E9e. Tous ces l=E2ches ne pensaient qu'=E0 sauver = leur vie=20 m=E9prisable pour jouir des r=E9compenses que Yazid leur avait promises = en=20 contrepartie de la t=EAte de l'Imam Houssein. Ceux qui voyaient le = petit-fils du=20 Proph=E8te fondre sur eux suppliaient =E0 genoux qu'il leur laisse la = vie sauve. Les=20 autres fuyaient dans toutes les directions.

Le champ de bataille avait =E9t=E9 nettoy=E9 de tous = ces couards. Le=20 soleil venait de se coucher. L'Imam Houssein pensa ,qu'il avait le temps = d'accomplir la Pri=E8re du Maghreb. Il remit son arme au fourreau, = descendit de=20 monture. Omar qui l'observait de loin pensa que c'=E9tait le moment de = l'attaquer.=20 Mais personne ne voulant se risquer =E0 approcher le Saint Imam, Omar = ordonna de=20 l'ensevelir sous une pluie de fl=E8che, de pierres, de morceaux de = bitume=20 enflamm=E9. L'Imam Houssein, qui =E9tait d=E9j=E0 couvert de blessures = de la t=EAte aux=20 pieds, re=E7ut ainsi plusieurs coups mortels, l'un apr=E8s l'autre. Il = perdait son=20 sang en abondance. Il d=E9cida de prier imm=E9diatement. Ne pouvant = aller jusqu'au=20 fleuve pour faire ses ablutions, il se servit du sable br=FBlant, et = entra en=20 Pri=E8re.

Omar fils de Saad appela ses soldats pour aller = trancher la=20 t=EAte de l'Imam Houssein pendant qu'il =E9tait en train de prier. Mais = personne=20 n'osait approcher le h=E9ros moribond.

Des promesses mirobolantes d=E9cid=E8rent finalement = Chamir le=20 Maudit, accompagn=E9 par Omar en personne, =E0 sauter sur le dos de = l'Imam Houssein=20 alors que celui-ci achevait de prier. Chamir leva son sabre, =E9valuant = son=20 coup.

L'Imam Houssein =E9tait trop faible maintenant pour = relever=20 seulement la t=EAte. Il la tourna un peu sur le c=F4t=E9. Il aper=E7ut = Chamir. D'une=20 voix faible, presque inaudible, il demanda:

-Chamir, j'ai soif ! Avant d'accomplir ce que tu veux = faire,=20 donne-moi un peu =E0 boire! 

Pour toute r=E9ponse, Chamir frappa, de toutes ses = forces.

***

Zaynab, qui s'=E9tait envelopp=E9e de la t=EAte aux = pieds dans un=20 rand voile, =E9tait mont=E9e sur une coltine, tout pr=E8s du campement. = Elle avait=20 assist=E9, soulev=E9e d'enthousiasme, aux exploits de son fr=E8re, =E0 = la d=E9bandade de=20 toute une arm=E9e caus=E9e par un seul homme. L'Imam Houssein, son = fr=E8re, =E9tait bien=20 le digne fils de l'Imam Ali. Mais le vent s'=E9tait lev=E9, soulevant = une fine=20 poussi=E8re de sable rouge. Maintenant Zaynab ne distinguait plus tr=E8s = bien ce qui=20 se passait. Elle =E9carquillait les yeux, essayant d'apercevoir quelque = chose.=20 Dans l'embrasement du ciel d'o=F9 le soleil venait de se retirer, elle = vit soudain=20 se d=E9couper, comme en ombre chinoise, la t=EAte de l'Imam Houssein, = que Chamir=20 portait comme un troph=E9e au bout d'une pique.

Les tambours de guerre retentirent dans la plaine de = Karbala.=20 L'arm=E9e omayyade annon=E7ait sa victoire...

***

La clart=E9 de la lune ne parvenait gu=E8re =E0 = traverser l'=E9pais=20 manteau de poussi=E8re qui avait envahi le ciel. La nuit =E9tait sombre = sur la=20 plaine de Karbala, o=F9 les tentes du campement de l'Imam Houssein = achevaient de=20 br=FBler.

Peu apr=E8s le Martyre de l'Imam, la horde sans =E2me = s'=E9tait ru=E9e=20 =E0 l'assaut. Tout avait =E9t=E9 pill=E9, d=E9vast=E9. La Famille du = Proph=E8te n'accumulait=20 pas les parures ni les objets de valeur, et les pillards avaient =E9t=E9 = frustr=E9s du=20 butin qu'ils escomptaient. Ils avaient quand m=EAme arrach=E9 aux veuves = et aux=20 orphelins tout ce qu'ils avaient pu leur prendre, et s'=E9taient = veng=E9s de leur=20 d=E9ception en les frappant, en les fouettant...

Avant de quitter le campement qu'ils avaient mis =E0 = sac, les=20 supp=F4ts de Yazid avaient incendi=E9 les tentes. Zaynab, =E0 qui l'Imam = Houssein=20 avait confi=E9 les survivants du massacre, s'=E9tait pr=E9cipit=E9e vers = Ali Zayn=20 Abidine, qui gisait sans connaissance. Elle l'avait secou=E9, = r=E9veill=E9, lui avait=20 demand=E9:

-O fils de mon fr=E8re ! O notre Imam ! Les monstres = ont mis le=20 feu au campement. Devons-nous rester dans les tentes, et abr=E9ger ainsi = nos=20 souffrances, =E9viter les outrages, les humiliations? Ou devons-nous = sortir=20 pendant qu'il est encore temps ?

Rassemblant ses faibles forces, Ali Zayn Abidine = s'=E9tait=20 redress=E9:

- Ma tante, c'est notre devoir religieux de faire = tout notre=20 possible pour rester en vie, aussi p=E9nible et peu d=E9sirable que = puisse =EAtre ce=20 qui nous attend!

Maintenant, ce qui restait de la Famille du = Proph=E8te s'=E9tait=20 regroup=E9 dans les d=E9bris d'une tente =E0 moiti=E9 =E9pargn=E9e par = l'incendie. Zaynab=20 avait rassembl=E9 les enfants, environ une quarantaine, et les femmes = les=20 comptaient, les identifiaient un par un pour s'assurer qu'aucun ne = manquait.=20 Quelle ne fut pas la consternation de Zaynab, d'Omm Rabab, et de tous = les=20 survivants en s'apercevant que Soukeina n'=E9tait pas l=E0 ! Laissant le = campement =E0=20 la garde des autres, Zaynab et Kolsoum se lanc=E8rent =E0 sa recherche. = Longtemps=20 elles err=E8rent dans la nuit sombre, marchant au hasard dans le = d=E9sert. Elles=20 appelaient:

- Soukeina! O=F9 es-tu? Soukeina! R=E9ponds!

Mais seule la plainte du vent r=E9pondait =E0 leurs = appels.

En d=E9sespoir de. cause, Zaynab se dirigea vers = l'endroit o=F9=20 reposait le corps de l'Imam Houssein. Avant m=EAme de l'atteindre, elle = cria, des=20 sanglots dans la voix:

-Houssein, mon fr=E8re! Je ne parviens pas =E0 = retrouver Soukeina!=20 Houssein, mon fr=E8re! J'ai perdu ta fille ch=E9rie, que tu m'avais = confi=E9e!=20 Houssein, mon fr=E8re! Dis-moi o=F9 elle est!

Comme Zaynab arrivait pr=E8s du corps sans vie de = l'Imam, la lune=20 parut dans le ciel. A travers une d=E9chirure dans les nuages de = poussi=E8re, elle=20 =E9claira le champ de bataille endormi. Zaynab vit alors sa ni=E8ce. = Soukeina=20 dormait, serr=E9e contre son p=E8re, le visage reposant sur sa = poitrine.

- Soukeina! Soukeina! R=E9veille-toi ma ch=E9rie! = Soukeina!=20 Soukeina! Que fais-tu ici?

Soukeina leva vers sa tante son visage encore plein = de sommeil.=20 Sous la sombre clart=E9 des rayons de lune filtr=E9s par les nuages de = sable, Zaynab=20 vit les yeux de sa ni=E8ce. On aurait dit que tout son c=9Cur, toute sa = vie avaient=20 =E9t=E9 emport=E9s par les larmes que l'enfant avait vers=E9es. Zaynab = =E9loigna Soukeina=20 du cadavre d=E9capit=E9 de son p=E8re. La petite fille lui raconta = comment, apr=E8s la=20 ru=E9e sauvage des hommes de main du tyran, elle n'avait eu qu'une = pens=E9e:=20 retrouver son p=E8re, pour lui confier sa peine. Elle avait march=E9 = droit devant=20 elle, en l'appelant. Elle s'=E9tait laiss=E9 guider par le murmure du = vent. Quand=20 elle avait ainsi d=E9couvert le corps de l'Imam Houssein, elle lui avait = tout=20 racont=E9. Tout! Tout ce qu'elle avait souffert apr=E8s son d=E9part. Et = tout ce que=20 chacun avait endur=E9. Et comment un soudard lui avait arrach=E9 les = boucles=20 d'oreille que son p=E8re lui avait offertes, d=E9chirant le lobe des = oreilles,=20 couvrant son visage de sang. Et comment cette brute inhumaine, rendue = furieuse=20 par les pleurs de l'enfant l'avait fouett=E9e, fouett=E9e, fouett=E9e! A = la fin,=20 =E9puis=E9e, Soukeina avait pos=E9 sa t=EAte sur la poitrine de son = p=E8re, comme elle=20 l'avait fait tant de fois par le pass=E9. Elle s'=E9tait endormie. = Zaynab montait la=20 garde. Tout le monde dormait dans ce qui restait de la tente =E0 demi = consum=E9e.=20 Les femmes formaient un cercle. Les enfants =E9taient au centre. = Soudain, des pas!=20 Des silhouettes, =E9clair=E9es par des torches, approchaient.

-Que voulez-vous encore? Vos gens nous ont d=E9j=E0 = tout vol=E9.=20 Laissez-nous! Laissez les pauvres enfants prendre un peu de repos. Si = vous tenez=20 vraiment =E0 vous assurer qu'il n'y a plus rien =E0 d=E9rober, revenez = demain! Il n'y=20 a ici que des femmes et des enfants sans d=E9fense... Nous n'allons pas=20 dispara=EEtre pendant la nuit !

Une voix f=E9minine r=E9pondit, d'un ton poli et = plein de=20 respect:

- Madame, nous ne venons pas ici pour vous voler quoi = Que ce=20 soit. Nous savons bien que ce que vous venez de dire est vrai. Nous = apportons un=20 peu de nourriture, et de l'eau, pour les enfants et les femmes = endeuill=E9es de=20 votre camp.

Le petit groupe approcha encore. Zaynab put = distinguer une=20 femme, pr=E9c=E9dant quelques soldats portant des r=E9cipients pleins = d'eau et de=20 grands paniers remplis de pain. Zaynab demanda =E0 la visiteuse qui elle = =E9tait:

- Madame, je suis la veuve de Hor. Mon =E9poux = =E9tait g=E9n=E9ral dans=20 l'arm=E9e de Yazid. Il commandait un millier d'hommes. Hier il est venu = rejoindre=20 votre fr=E8re et a combattu =E0 ses c=F4t=E9s. Quelques-uns des soldats = d'Omar fils de=20 Saad ont craint que vous ne mourriez de faim et de soif, et de ne = pouvoir vous=20 conduire jusqu'=E0 Yazid, comme celui-ci leur a ordonn=E9 de le faire. = Ils m'ont=20 demand=E9 de les accompagner pour vous apporter =E0 boire et =E0 = manger.

-O ma s=9Cur, r=E9pondit Zaynab. Nous avons tous une = dette envers=20 votre mari, qui a donn=E9 sa pr=E9cieuse vie pour d=E9fendre Houssein. = Il =E9tait notre=20 h=F4te, et nous n'avons rien pu lui offrir, ni =E0 boire, ni =E0 manger = !

Zaynab se souvint de la promesse qu'elle avait faite = =E0 son=20 fr=E8re, avant qu'il ne les quitte. Elle prit un broc d'eau et alla = r=E9veiller=20 Soukeina.

- Soukeina, mon enfant! Il y a enfin de l'eau pour = toi.=20 L=E8ve-toi! Bois! Rafra=EEchis tes l=E8vres et ta gorge = dess=E9ch=E9es!

- Ma tante, toi aussi tu es rest=E9e sans rien boire = depuis des=20 jours. Pourquoi toi-m=EAme ne bois tu pas

- Bois, Soukeina! Ni ton p=E8re, ni ton oncle Abbas, = ni ton fr=E8re=20 Akbar n'ont encore bu l'eau fra=EEche des sources du Paradis! Ils = attendent que tu=20 aies d'abord =E9tanch=E9 ta soif. Bois, Soukeina, pour qu'eux aussi = puissent boire=20 l'eau de Kawsar !

***

Apr=E8s la mise =E0 sac du camp de la Famille du = Proph=E8te, les=20 officiers de l'arm=E9e de Yazid s'=E9taient r=E9unis autour de leur = commandant. Ils=20 cherchaient un moyen d'assouvir leur soif de vengeance. L'un d'eux = sugg=E9ra de=20 faire pi=E9tiner les corps des Martyrs du camp de l'Imam Houssein sous = les sabots=20 des chevaux. Omar fils de Saad trouva l'id=E9e excellente, et ordonna de = la mettre=20 =E0 ex=E9cution. Mais plusieurs membres du clan des Bani Asad = d=E9clar=E8rent qu'ils ne=20 permettraient pas que l'on profane de la sorte les cadavres de ceux des = morts=20 qui =E9taient leurs parents. D'autres soulev=E8rent la m=EAme objection = =E0 propos des=20 compagnons de l'Imam Houssein, qu'ils soient ou non membres de leur = tribu.=20 Finalement Omar fils de Saad ordonna que seul le corps de l'Imam = Houssein=20 subirait ce traitement. On ferra sp=E9cialement de neuf pour cette = occasion=20 plusieurs chevaux. Quand les morts de l'arm=E9e de Yazid eurent =E9t=E9 = enterr=E9s,=20 quand les corps des Martyrs eurent tous =E9t=E9 d=E9capit=E9s, les = cavaliers pass=E8rent=20 et repass=E8rent sur le corps de l'Imam Houssein, sur le corps de = l'enfant pr=E9f=E9r=E9=20 du Saint Proph=E8te, sur le corps de l'un des deux Princes de la = jeunesse du=20 Paradis...

***

C'est un soleil de la couleur du sang qui se leva sur = le matin=20 du ll Moharram. Etait-ce l'effet de la poussi=E8re qui emplissait l'air = au-dessus=20 de la plaine de Karbala? Ou bien l'astre du jour avait-il honte de = devoir=20 =E9clairer le spectacle de la profanation des corps des Martyrs, de = l'humiliation=20 de la Famille du Proph=E8te? Ou rougissait-il de col=E8re d'=EAtre le = t=E9moin=20 impuissant de tant de bassesse et d'ignominie?

Omar fils de Saad =E9tait parti pour Damas, ne = voulant laisser =E0=20 personne d'autre le soin d'annoncer sa victoire au Calife. Les soldats = de Yazid=20 encha=EEn=E8rent les femmes et les enfants. Les voiles qui masquaient = aux regards=20 les visages des femmes avaient =E9t=E9 arrach=E9s. Les cous, les mains, = les pieds=20 furent li=E9s de cordes et de cha=EEnes. Les mains des femmes =E9taient = attach=E9es au=20 cou des enfants. Tous furent hiss=E9s sur des chameaux sans selle. La = caravane se=20 mit en mouvement. Devant, en procession, venaient les t=EAtes. Les = t=EAtes des=20 Martyrs, plant=E9es au bout de piques. Soixante-dix-huit t=EAtes, = soixante-dix-huit=20 glorieux combattants de la Foi: outre l'Imam Houssein, dix-sept membres = de la=20 Maison du Proph=E8te et soixante fid=E8les Ch=EFtes. La t=EAte de l'Imam = Houssein=20 pr=E9c=E9dait les autres. Derri=E8re la caravane, couvert de lourdes = cha=EEnes, titubant=20 de fi=E8vre et d'=E9puisement, Ali Zayn Abidine suivait =E0 pied.

La caravane marchait vite. Quand parfois un enfant = glissait et=20 tombait =E0 terre, la femme =E0 laquelle il =E9tait li=E9 tombait = =E9galement. Alors un=20 soudard se jetait sur eux, levait son fouet, et frappait, = frappait...

Au milieu de l'apr=E8s-midi, on arriva sous les murs = de Koufa.=20 Pendant qu'un messager =E9tait d=E9p=EAch=E9 aupr=E8s du Gouverneur = Obeidoullah, les=20 soldats se repos=E8rent =E0 l'ombre, se restaur=E8rent, se = rafra=EEchirent... Les=20 captifs demeur=E8rent en plein soleil, sans boire ni manger.

Le messager revint. Obeidoullah fils de Ziyad = attendait ses=20 prisonniers au palais. Le cort=E8ge devait suivre les principales rues = de Koufa et=20 traverser le march=E9 principal. On se remit en marche. Un crieur allait = devant:

-Habitants de Koufa ! Houssein fils d'Ali, qui avait = refus=E9 de=20 reconna=EEtre l'autorit=E9 du Commandeur des Croyants, votre bien-aim=E9 = Calife Yazid,=20 a =E9t=E9 tu=E9, ainsi que ses Ch=EFtes ! Les femmes et les enfants de = sa Famille ont=20 =E9t=E9 faits prisonniers. Ils vont =EAtre conduits devant le Calife, = qui d=E9cidera=20 quel ch=E2timent doit leur =EAtre inflig=E9. Habitants de Koufa!

C'est le sort qui attend quiconque met en question = l'autorit=E9=20 du Calife !.. Habitants de Koufa! Houssein fils d'Ali, qui avait = refus=E9... La=20 foule, muette, accabl=E9e, se pressait sur le passage du cort=E8ge. Aux = fen=EAtres,=20 sur les terrasses, les femmes et les enfants, les yeux =E9carquill=E9s, = regardaient.=20 Personne ne disait mot. Parfois on entendait un sanglot r=E9prim=E9.

Le visage masqu=E9 par ses cheveux, qui lui tenaient = lieu de=20 voile, encha=EEn=E9e, =E9puis=E9e, Zaynab se dressa. Elle se tenait = droite sur sa=20 monture. Sa voix couvrit celle du crieur qui marchait loin devant:

- Gens de Koufa! Je suis Zaynab, la fille d'Ali, le = Commandeur=20 des Croyants, et de Fatima la Resplendissante! Je suis la petite-fille = de=20 l'Envoy=E9 de Dieu! Je suis la s=9Cur de Houssein, votre Imam, que vous = avez tu=E9!=20 Gens de Koufa! Gens de tra=EEtrise et de perfidie! Vous pleurez = maintenant? Que=20 vos larmes ne s=E8chent jamais! Que vos cris ne cessent pas! Le mal que = vous avez=20 commis est si grand que Dieu est en Col=E8re contre vous. Vous = demeurerez=20 immortels dans le Feu! De votre trahison vous ne r=E9colterez que honte = et=20 d=E9shonneur. Comment pourriez-vous vous faire pardonner l'assassinat du = fils du=20 Saint Proph=E8te, la Preuve de Dieu sur terre, votre Imam? Subissez les=20 cons=E9quences de votre crime! Soyez bannis et =E9cras=E9s! Soyez = humili=E9s et avilis!=20 Malheur =E0 vous, gens de Koufa! Qu'une pluie de sang s'abatte sur vos = t=E8tes!=20 Qu'une torture sans fin soit votre lot dans l'Au-del=E0 !

***

Les portes du palais du Gouverneur avaient =E9t=E9 = laiss=E9es=20 ouvertes pour permettre =E0 tous de venir f=E9liciter Obeidoullah fils = de Ziyad pour=20 sa victoire sur l'Imam Houssein. Il =E9tait assis sur son tr=F4ne, et = paraissait=20 joyeux. Il jouait n=E9gligemment avec une barre de fer dont il tapotait = la t=EAte de=20 l'Imam Houssein, qui avait =E9t=E9 d=E9pos=E9e =E0 ses pieds. Un = vieillard, Compagnon du=20 Saint Proph=E8te, Zayd fils d'Arqam, fut r=E9volt=E9 par ce = spectacle:

- Ote cette barre de fer de ce noble visage, car j'ai = vu de mes=20 yeux les l=E8vres du Proph=E8te s'y poser je ne sais combien de = fois!

Et Il sanglota

Obeidoullah se mit en col=E8re:

- Si tu n'=E9tais pas un vieillard s=E9nile qui a = perdu la raison,=20 je t'aurais fait d=E9capiter =E0 l'instant!

 Zayd fils d'Arqam sortit, accabl=E9, se = rappelant l'heureux=20 temps o=F9 le Proph=E8te jouait avec son petit-fils, le serrait contre = lui=20 l'embrassait...

Les captifs furent conduits en pr=E9sence du = Gouverneur, qui se=20 les fit pr=E9senter un par un. Quand arriva le tour d'Ali Zayn Abidine,=20 Obeidoullah demanda:

- Qui es-tu?

- Je suis Ali fils de Houssein.

- Mais Ali fils de Houssein n'a-t-il pas =E9t=E9 = tu=E9?

- J'avais un fr=E8re qui portait aussi ce nom. Les = gens l'ont=20 tu=E9.

- C'est plut=F4t Dieu Qui l'a tu=E9!

- Dieu accueille les =E2mes au moment de leur = mort...

- Comment oses-tu me parler sur ce ton? Tu vas voir! = Aucun fils=20 de Houssein ne restera en vie! Bourreau, d=E9capite-le!

Zaynab bondit, elle s'accrocha au fils de son = fr=E8re. Elle=20 cria:

- Ne crois-tu pas que tu as d=E9j=E0 suffisamment = r=E9pandu notre=20 sang? Par Dieu, je ne le quitterai pas. Si tu le tues, tue-moi aussi = avec=20 lui!

Obeidoullah h=E9sita:

- Quel touchant tableau de famille! Tu voudrais que = je te tue,=20 Zaynab? Eh bien, je ne te ferai pas ce plaisir! Apr=E8s tout, le Calife = Yazid=20 d=E9cidera du sort du fils de Houssein... Tu sais, Zaynab, quand vous = =EAtes entr=E9s,=20 j'ai eu mal =E0 croire que j'avais devant moi la Famille du = Proph=E8te... Je pensais=20 plut=F4t que toi et les autres femmes n'=E9tiez que de vulgaires = esclaves qu'on=20 avait achet=E9es au march=E9!

Zaynab r=E9pondit =E0 l'insulte:

- Fils de Ziyad! Nous sommes les s=9Curs de Houssein, = les=20 petites-filles de Mohammad, que tu reconnais comme ton Proph=E8te! Toi = et les=20 autres larbins de Yazid, vous avez foul=E9 aux pieds les Principes de = l'Islam en=20 =E9change de quelques menus avantages mat=E9riels. Aujourd'hui tu te = pavanes, et tu=20 t'enorgueillis de la victoire de tes cinq mille soudards sur une = poign=E9e de=20 h=E9ros! Tu te crois puissant parce que tu peux insulter impun=E9ment = des femmes et=20 des enfants sans d=E9fense. Mais je te pr=E9viens. fils de Ziyad! = Bient=F4t la mort va=20 s'abattre sur toi! Il te faudra alors rendre compte de tes crimes! Il te = faudra=20 payer pour l'assassinat du petit-fils du Proph=E8te et de tous ceux qui = =E9taient=20 avec lui. et =E0 qui tu reprochais de refuser l'autorit=E9 religieuse = d'un ivrogne=20 et d'un d=E9bauch=E9!

Les paroles de Zaynab produisirent l'effet d'un coup = de=20 tonnerre. Obeydoullah, en l'=E9coutant parler, observait les r=E9actions = des=20 pr=E9sents. Il vit que tous =E9coutaient attentivement. Certains = semblaient=20 approuver de la t=EAte, certains essuyaient furtivement une larme qu'ils = n'avaient=20 pu emp=EAcher de couler.

Obeydoullah vit que tous, presque sans exception, = admiraient le=20 courage de cette femme, et il se dit qu'elle =E9tait bien capable de = soulever la=20 ville enti=E8re contre lui! En hurlant, il lui ordonna de se taire, = mena=E7ant des=20 pires ch=E2timents elle-m=EAme et les autres captifs si elle = n'ob=E9issait pas. Zaynab=20 continua de plus belle. Elle parla des m=E9rites de son fr=E8re, l'Imam = Houssein,=20 qu'elle mit en parall=E8le avec les vices du fils de Moawiyah. Elle = d=E9non=E7a les,=20 atteintes que le dictateur omayyade portait =E0 l'int=E9grit=E9 du = Message de l'Islam.=20 Elle d=E9crivit en d=E9tail les atrocit=E9s commises par les hommes de = main du Calife=20 =E0 Karbala.

Obeydoullah appela ses gardes, leur dit de faire = sortir=20 imm=E9diatement les prisonniers. Il ordonna =E0 Chamir d=E9 prendre =E0 = l'instant m=EAme=20 la route de Damas, sans laisser un moment de plus Zaynab et les autres a = Koufa.=20 Et lui-m=EAme, fou de col=E8re, sortit du palais pour aller =E0 la = Mosqu=E9e.

Du haut de la chaire, Obeidoullah regarda la foule = qui =E9tait=20 mass=E9e =E0 ses pieds. Il =E9tait ivre d'orgueil d'=EAtre Gouverneur de = cette ville,=20 autant que de la perfide victoire que ses troupes venaient de remporter. = Il=20 voulait chasser la f=E2cheuse impression que lui avait laiss=E9e le = discours de=20 Zaynab. Cette femme lui avait g=E2ch=E9 le plaisir qu'il pensait tirer = de son=20 succ=E8s. Il prit la parole, s'adressant aux habitants de Koufa:

- Gloire =E0 Dieu, Qui a fait triompher la V=E9rit=E9 = et ses=20 partisans, Qui a donn=E9 la victoire au Commandeur des Croyants, Yazid, = et Qui a=20 tu=E9 le menteur, Houssein, fils du menteur, Ali, ainsi que ses = Ch=EFtes!

Une voix lui r=E9pondit. faisant trembler les murs de = la=20 Mosqu=E9e:

- Tais-toi, ennemi de Dieu! Cesse de blasph=E9mer! Tu = es un=20 menteur, de m=EAme que ton p=E8re, et de m=EAme que celui qui t'a = nomm=E9 =E0 ce poste et=20 que le p=E8re de celui-ci! Tu as assassin=E9 les descendants des = Proph=E8tes, et=20 maintenant tu oses monter =E0 leur place ici, sur cette chaire!

- Obeidoullah p=E2lit, incapable de poursuivre:

- Attrapez-le!

Les soldats se saisirent de l'homme, Abdallah fils de = Afif, qui=20 =E9tait un Ch=EFte de l'Imam Ali. Mais Abdallah lan=E7a le cri de guerre = de sa tribu,=20 les Azd. Imm=E9diatement sept cents guerriers se rassembl=E8rent, = l'=E9p=E9e =E0 la main.=20 Obeidoullah fut contraint de rel=E2cher Abdallah. Mais la nuit venue, = ses hommes=20 de main s'introduisirent chez le courageux Ch=EFte. Ils le tu=E8rent, et = le=20 crucifi=E8rent sur la porte de sa maison.

***

La caravane des captifs s'=E9tait remise en marche, = toujours=20 pr=E9c=E9d=E9e des t=EAtes des Martyrs. Mais plus question de procession = triomphale!=20 Obeidoullah avait ordonn=E9 aux gardes d'emprunter les pistes les moins=20 fr=E9quent=E9es, de peur que des Ch=EFtes de l'Imam Houssein ne tentent = de d=E9livrer=20 les prisonniers et de venger les Martyrs. Les gardes avaient aussi pour=20 instruction d'=EAtre sans piti=E9 avec les femmes et les enfants. L'Imam = Ali Zayn=20 Abidine, qui =E9tait toujours malade, suivait difficilement. Une lourde = cha=EEne=20 reliait ses pieds =E0 son cou. S'il essayait d'allonger le pas, ou de = marcher plus=20 vite, il tombait immanquablement. Alois une brute descendait de cheval, = levait=20 le fouet, et frappait...

Pendant cette interminable travers=E9e des d=E9serts = de M=E9sopotamie=20 et de Syrie, il arriva que Soukeina tomba de son chameau. Zaynab, qui se = trouvait sur le chameau voisin donna l'alarme. Les gardes ne lui = pr=EAt=E8rent=20 aucune attention. En d=E9sespoir de cause, Zaynab dirigea son regard = vers la t=EAte=20 de l'Imam Houssein, toujours en t=EAte du cort=E8ge, toujours au bout = d'une=20 pique:

-Houssein mon fr=E8re, tu m'as demand=E9 de veiller = de mon mieux=20 sur Soukeina. Mais elle est tomb=E9e de sa monture, et je ne puis rien = faire pour=20 lui venir en aide!

Apr=E8s quoi elle demanda =E0 Dieu d'avoir piti=E9 = d'elle, et de=20 secourir la malheureuse enfant.

La caravane n'avait pas fait trois pas que la pique = supportant=20 la t=EAte de l'Imam Houssein =E9chappa aux mains de l'homme qui la = portait. Elle se=20 planta droit dans le sol. L'homme sauta de cheval pour la reprendre et = repartir.=20 Il ne parvint pas =E0 l'arracher du sable. C'=E9tait comme si elle y = avait =E9t=E9=20 ciment=E9e. Cet homme =E9tait pourtant un colosse. Il comprit que si ce = qui =E9tait en=20 train de se produire venait =E0 s'=E9bruiter, ta panique risquait de = gagner les=20 autres gardes, et que ceux-ci s'enfuiraient de tous c=F4t=E9s.

Sans perdre une minute il alla confier =E0 Chamir ce = qui venait=20 de se passer. Chamir r=E9fl=E9chit un instant puis, le fouet =E0 la = main, se dirigea=20 vers l'Imam Ali Zayn Abidine.

- Qu'est-ce que c'est que cette histoire? Qui est = responsable=20 de tout cela?

L'Imam Zayn Abidine regarda vers la t=EAte de son = p=E8re, puis dans=20 la direction de sa tante Zaynab. Celle-ci raconta la chute de Soukeina, = et=20 l'indiff=E9rence des gardes. Chamir rebroussa chemin. Il d=E9couvrit la = fillette=20 inanim=E9e. Elle avait =E9t=E9 bless=E9e dans sa chute. D=E8s qu'elle = eut =E9t=E9 install=E9e=20 dans les bras de Zaynab, la pique supportant la t=EAte de l'Imam = Houssein put =EAtre=20 retir=E9e du sable, sans le moindre effort.

***

La travers=E9e du d=E9sert de Syrie, parsem=E9 de = buissons =E9pineux,=20 fut pour l'Imam Ali Zayn Abidine un supplice =E9pouvantable. D'autant = plus que les=20 monstres =E0 forme humaine qui menaient la caravane le for=E7aient =E0 = lutter de=20 vitesse avec les chameaux marchant d'un pas soutenu! La nuit, on = s'arr=EAtait =E0=20 peine quelques heures, et pendant que les gardes festoyaient, les = malheureux=20 captifs recevaient =E0 peine de quoi ne pas mourir de soif et de = faim.

Une nuit, la caravane fit halte pr=E8s d'un ermitage. = Le moine=20 qui vivait l=E0 avait pass=E9 toute sa vie en pri=E8re et en = m=E9ditation, et dans=20 l'adoration de Dieu. Chamir confia les t=EAtes =E0 sa garde, certain = qu'elles ne=20 risqueraient pas d'=EAtre vol=E9es. Un simple regard au visage de l'Imam = Houssein=20 convainquit l'ermite qu'il s'agissait l=E0 de la t=EAte d'un Saint. Il = la prit avec=20 lui et la garda =E0 son chevet pendant qu'il prenait quelque repos. Il = vit en=20 songe tous les Proph=E8tes et les Anges descendre du Ciel et se promener = sur la=20 t=EAte qui reposait pr=E8s de lui...

Il s'=E9veilla, et se demanda ce qu'il devait faire. = Il d=E9cida=20 d'interroger le chef de la caravane au sujet de l'identit=E9 des = personnes=20 d=E9capit=E9es et des femmes et des enfants qu'ils d=E9tenaient = prisonniers. Il sortit=20 donc de son ermitage, r=E9veilla Chamir, et le questionna. Chamir lui = r=E9v=E9la que=20 c'=E9tait le petit-fils du Proph=E8te Mohammad, qu'il avait refus=E9 de = reconna=EEtre=20 l'autorit=E9 religieuse de Yazid, et qu'il avait =E9t=E9 tu=E9 pour = cette raison, en=20 m=EAme temps que ses parents et ses partisans. Il lui dit que les = captifs =E9taient=20 les survivants de la Famille du Proph=E8te, et qu'ils =E9taient conduits = aupr=E8s de=20 Yazid qui d=E9ciderait quel ch=E2timent devait leur =EAtre inflig=E9. Au = comble de=20 l'indignation le saint homme s'=E9cria:

- Que la Mal=E9diction de Dieu soit sur vous! Ne = r=E9alisez-vous=20 pas l'horreur du crime dont vous vous =EAtes rendus coupables en = d=E9capitant le=20 petit-fils de votre Proph=E8te? Nul doute que cet homme =E9tait un grand = Saint!=20 Honte =E0 vous, l=E2ches! Non contents de l'ignominie que vous avez = commise, vous=20 brutalisez des femmes sans d=E9fense et des enfants innocents!

Chamir, qui =E9tait d=E9j=E0 de fort mauvaise humeur = d'avoir =E9t=E9=20 r=E9veill=E9 en pleine nuit, fut pris d'un acc=E8s de rage. Il saisit = son =E9p=E9e et,=20 d'un coup, trancha la t=E8te de l'ermite. Il n'eut pas le moindre = respect pour les=20 injonctions du Saint Proph=E8te concernant la protection qui doit =EAtre = accord=E9e =E0=20 ceux qui se retirent du monde et vouent leur existence =E0 la pri=E8re = et =E0 la=20 p=E9nitence. Mais celui qui avait montr=E9 tant de m=E9pris pour la vie = du petit-fils=20 du Proph=E8te, pouvait-il accorder quelque importance aux Commandements = de=20 l'Envoy=E9 de Dieu?

***

Progressant =E0 marche forc=E9e, la caravane = atteignit bient=F4t=20 Damas. Elle fit halte devant les remparts qui ceinturaient la ville. Un = messager=20 fut envoy=E9 au palais du Calife, pour recevoir les instructions de = Yazid.=20 Celui-ci avait =E9t=E9 averti par Obeidoullah des incidents qui = s'=E9taient produits =E0=20 Koufa. Il avait jur=E9 prudent de ne pas d=E9voiler l'identit=E9 des = captifs, et avait=20 fait r=E9pandre la rumeur qu'un prince arabe s'=E9tait r=E9volt=E9 = contre son autorit=E9,=20 qu'il avait affront=E9 son arm=E9e invincible et avait =E9t=E9 d=E9fait, = avec ses quelques=20 partisans. Un crieur public confirma officiellement cette nouvelle, = pr=E9cisant=20 que pour servir d'exemple les t=EAtes des coupables avaient =E9t=E9 = tranch=E9es et=20 apport=E9es devant le Calife, en m=EAme temps que la famille du prince = f=E9lon. La=20 journ=E9e d'aujourd'hui =E9tait proclam=E9e jour de f=EAte, pour = c=E9l=E9brer la victoire du=20 Commandeur des Croyants.

On d=E9cora la ville =E0 la h=E2te, on pr=E9para le = festin offert au=20 peuple, et tous les courtisans et les ambassadeurs en poste =E0 Damas = furent=20 convoqu=E9s =E0 la grande r=E9ception qui devait avoir lieu le soir = m=EAme au palais.=20 Pendant que les pr=E9paratifs battaient leur plein. les captifs = attendaient. en=20 plein soleil. Des groupes de curieux approchaient pour apercevoir les=20 prisonniers qu'on menait au Calife. Le spectacle de ces femmes, et = surtout des=20 enfants, =E0 moiti=E9 morts de faim et de soif, maigres =E0 faire peur, = encha=EEn=E9s,=20 couverts de poussi=E8re et de sang s=E9ch=E9 =E9mut plus d'un t=E9moin. = Quelques-uns des=20 curieux lanc=E8rent aux enfants des dattes s=E8ches, qu'on utilisait = alors pour=20 faire l'aum=F4ne.

Les malheureux enfants affam=E9s se saisirent des = dattes et=20 s'appr=EAtaient =E0 soulager leur faim, mais Zaynab et les autres femmes = leur=20 interdirent d'en manger une seule, et leur ordonn=E8rent de les renvoyer = =E0 ceux=20 qui les lan=E7aient. Zaynab, le visage toujours cach=E9 derri=E8re ses = cheveux, prit=20 la parole:

- Je vous remercie de votre sollicitude envers nos = enfants=20 affam=E9s. Mais nous sommes la Famille du Proph=E8te, et l'Envoy=E9 de = Dieu nous a=20 interdit de manger les aum6nes. En aucun cas il ne nous est possible de=20 transgresser ses ordres.

Les gens =E9taient abasourdis d'entendre cette = r=E9ponse. Ils ne=20 savaient ce qui =E9tait le plus =E9tonnant, du refus de laisser manger = les enfants=20 ou du fait que des membres de la Famille du Proph=E8te soient captifs et = dans un=20 tel =E9tat. La rumeur s'enfla en ville, les interrogations et les = suppositions=20 allaient bon train.

***

L'ordre arriva enfin de conduire les captifs au = palais. Quand=20 ils parurent devant lui, Yazid ne put croire que c'=E9tait l=E0 la = Famille du=20 Proph=E8te. Quoi, ces gens hagards, d=E9charn=E9s, presque des = fant=F4mes... Ces=20 squelettes en haillons recouverts de poussi=E8re, saignant par endroits = des=20 derni=E8res blessures inflig=E9es par les chutes ou les coups de = fouet... Ces=20 spectres encha=EEn=E9s, affam=E9s, =E9puis=E9s...

- Omar fils de Saad! Tu t'es moqu=E9 de moi! Ce ne = sont pas l=E0=20 les s=9Curs et les filles de Houssein... O=F9 as-tu achet=E9 ceux-ci, et = o=F9 as-tu=20 cach=E9 les autres?

Yazid =E9tait ivre. Il =E9tait assis sur un tr=F4ne = =E9lev=E9. A ses=20 pieds, dans un plat d'or massif, il avait fait placer la t=EAte du = petit-fils du=20 Proph=E8te. A la main, il tenait une coupe de vin qu'un =E9chanson = remplissait avant=20 qu'elle soit vide. Yazid =E9cumait de rage, les yeux inject=E9s de sang. = Omar fils=20 de Saad se jeta =E0 ses pieds.

- Aie piti=E9 de moi, Commandeur des Croyants! Ton = humble esclave=20 a agi exactement selon tes ordres.

Ceux qui sont devant toi sont bien Zaynab et Kolsoum, = les s=9Curs=20 de Houssein, Omm Layla et Omm Rabab ses veuves, Soukeina et Rokayya ses = filles,=20 et les autres sont les parentes et les orphelins de ses proches et de = ses=20 Ch=EFtes. Et devant toi j'ai amen=E9 aussi Ali Zayn Abidine, le fils de = Houssein.=20

Yazid regardait les captifs. Il ne pouvait = d=E9visager les femmes=20 qui, toutes, cachaient leur visage derri=E8re leurs cheveux. L'une = d'elles=20 semblait en outre se cacher derri=E8re une tr=E8s vieille femme. Yazid = la d=E9signa du=20 doigt:

- Celle-l=E0 l=E0-bas qui se cache! Qui est-ce?

- Majest=E9, c'est Zaynab, r=E9pondit Omar, qui = s'=E9tait relev=E9.=20 C'est la fille d'Ali et de Fatima. La vieille qui la cache s'appelle = Fizza. Elle=20 se glorifie de se nommer elle-m=EAme l'esclave de Fatima et de = Zaynab!

Yazid =E9ructa:

- Je ne permets =E0 personne de cacher mes = prisonniers =E0 ma vue.=20 Chamir! Fais d=E9gager la vieille, que je puisse contempler =E0 loisir = la fille de=20 Fatima!

Chamir approcha, le fouet lev=E9. Fizza, avisant les = esclaves=20 abyssins qui se tenaient, sabre au poing, derri=E8re le tr=F4ne du = Calife, les=20 interpella:

- O mes fr=E8res! Qu'est il advenu de votre sens de = la fraternit=E9=20 et de votre honneur? Laisserez-vous molester devant vous, sans r=E9agir, = une=20 vieille dame de votre peuple, une princesse de votre pays, alors que = chacun de=20 vous tient une arme =E0 la main?

A ces mots de Fizza, plusieurs esclaves firent un pas = en avant.=20 L'un d'eux s'adressa =E0 Yazid:

- Commandeur des Croyants! Dis =E0 cet homme de ne = pas lever son=20 fouet sur notre princesse. Sinon le sang va couler =E0 flots dans ton = palais! Il=20 avait beau =EAtre ivre, Yazid se rendit compte que l'homme parlait = s=E9rieusement.=20 Ses esclaves se r=E9voltaient! Le couard d=E9guis=E9 en prince paniqua. = Il r=E9pondit,=20 avec un large sourire:

- Mes fid=E8les serviteurs! Je suis fier de voir =E0 = quel point=20 vous avez su conserver le sens de l'honneur. Je vous promets que = personne ne=20 maltraitera votre compatriote.

Yazid calma son angoisse en avalant encore un peu = plus de vin.=20 Il tremblait de fureur. Comment laver l'affront qu'il venait de subir=20 publiquement? Autour de lui, pr=E8s de mille courtisans et ambassadeurs = =E9taient=20 rassembl=E9s. Tous avaient =E9t=E9 t=E9moins de son humiliation. Dans la = main qui ne=20 tenait pas la coupe de vin, il avait une canne, orn=E9e d'un pommeau en = or. Il=20 s'en servit pour frapper les l=E8vres de l'Imam Houssein. Il ricana:

- Ah, les jolies l=E8vres qu'a embrass=E9es Mohammad! = Comme mes=20 anc=EAtres seraient heureux de contempler ce spectacle! Tous mes = valeureux=20 anc=EAtres qu'a tu=E9s Mohammad, de Badr jusqu'=E0 Honayn! Leurs =E2mes = doivent =EAtre=20 contentes aujourd'hui en voyant que moi, Yazid, je les ai veng=E9s en = d=E9truisant=20 la famille de leur ennemi!

Les captifs restaient silencieux. Ni Zaynab, ni Ali = Zayn=20 Abidine ne voulurent s'abaisser =E0 donner la r=E9plique =E0 l'ivrogne. = Mais=20 l'ambassadeur d'un pays =E9tranger, =E9c=9Cur=E9, r=E9volt=E9 par tant = d'ignominie, se leva.=20 Il s'appelait Abdoul-Wahab:

-O roi ! J'aimerais savoir qui =E9tait l'homme dont = la t=EAte est =E0=20 tes pieds, et quels crimes impardonnables il a commis pour que tu = traites ainsi=20 sa d=E9pouille et sa famille, m=EAme apr=E8s sa mort!

- Ce sont les gens de la Famille du Proph=E8te de = l'Islam! Ils=20 ont os=E9 d=E9fier mon autorit=E9. Ces femmes et ces; enfants sont mes = esclaves, et je=20 vais leur faire subir un traitement que personne encore n'a jamais fait = subir =E0=20 un =EAtre humain. Ainsi, plus personne n'osera plus jamais lever le = petit doigt=20 contre moi!

Abdoul-Wahab =E9tait un homme instruit. Il avait = aussi beaucoup=20 =E9tudi=E9 la vie et les Enseignements du Saint Proph=E8te et de ses = Descendants. Il=20 r=E9fl=E9chit un moment. Pleinement conscient de ce que lui vaudrait ce = qu'il allait=20 dire, il laissa de c=F4t=E9 toute diplomatie:

- O roi! Tu as commis le plus odieux des crimes = contre ta=20 Religion et contre l'humanit=E9. Tu as massacr=E9 de la fa=E7on ta plus = odieuse la=20 Famille de ton propre Proph=E8te, des gens qui =E9taient pieux et qui = vivaient=20 saintement! Tu traites leurs survivants plus brutalement que tu ne = traiterais=20 des animaux! Les gens de mon peuple me montrent du respect pour la seule = raison=20 que je suis le descendant de l'un de leurs Proph=E8tes. Mais toi, tu es = tomb=E9 dans=20 la plus basse abjection!

Se tournant alors dans la direction d'Ali Zayn = Abidine,=20 Abdoul-Wahab poursuivit:

-Ali fils de Houssein, ce que j'ai vu et entendu = aujourd'hui=20 m'a convaincu que ton p=E8re =E9tait la plus noble =E2me sur toute la = surface de la=20 terre, et le plus courageux des hommes pour avoir ainsi combattu = l'injustice, la=20 tyrannie et l'oppression. Je d=E9clare ma Foi dans la Religion de ton = p=E8re, cette=20 Religion pour la d=E9fense de laquelle il a vers=E9 son sang. Je te = choisis comme=20 t=E9moin de ma profession de Foi!

Un flot d'injures sortit de la bouche de Yazid. Il = ordonna que=20 l'on arr=EAte l'ambassadeur et qu'on l'ex=E9cute s=E9ance tenante. Un = silence pesant=20 r=E9gnait maintenant. Tous les t=E9moins =E9taient rest=E9s muets = d'admiration devant le=20 courage d'Abdoul-Wahab et la v=E9rit=E9 de ses paroles...

Yazid essayait de calmer ses nerfs en buvant coupe = sur coupe.=20 Il fallait absolument qu'il r=E9tablisse son autorit=E9 en se vengeant = sur=20 quelqu'un. Il se leva, tendit le bras vers Ali Zayn Abidine. Il = hurla:

- Toi ! C'est toi qui es responsable de tout cela! = C'est toi=20 qui as encourag=E9 ce fou =E0 m'insulter! Il se tut un instant, comme = s'il essayait=20 de r=E9fl=E9chir =E0 travers les vapeurs de l'alcool.

- Je vais te faire trancher la t=EAte ici m=EAme, = devant moi!=20 Devant tout le monde! Devant ta m=E8re, et tes soeurs, et tes tantes, et = tous les=20 autres!

Il vida encore une coupe.

-Non, cette mort serait trop douce pour toi! Je vais = te=20 torturer pour que tu meures =E0 peu. Je vais te faire souffrir ce que = personne n'a=20 encore jamais souffert. C'est toi-m=EAme qui viendras me supplier de = t'achever! A=20 ces mots, Yazid =E9clata de rire. C'=E9tait le rire hyst=E9rique d'un = d=E9mon ivre, qui=20 avait perdu tout contr=F4le de lui-m=EAme.

L'Imam Ali Zayn Abidine r=E9pondit, d'une voix faible = mais claire=20 et ferme:

- Yazid! Les tortures que tu nous as d=E9j=E0 = inflig=E9es ne peuvent=20 pas =EAtre surpass=E9es en honneur par tout ce que ton esprit malade = pourrait=20 imaginer. Pour moi, la pire des tortures, c'est =EAtre en ta pr=E9sence, = avec les=20 femmes de la Famille du Proph=E8te sans voile pour pr=E9server leur = visage de ton=20 regard vicieux. Ne crois surtout pas que ni moi ni mes proches soyons = effray=E9s=20 ou intimid=E9s par tes menaces. Nous, Gens de la Famille du Proph=E8te, = sommes=20 =E9duqu=E9s depuis l'enfance pour =EAtre =E0 m=EAme de supporter toutes = les =E9preuves,=20 toutes les souffrances. Ceux que Dieu aime, IL les soutient dans toutes = les=20 =E9preuves et, dans l'Au-del=E0, ils jouiront de Ses Faveurs!

Des murmures d'admiration s'=E9lev=E8rent dans = l'assistance. Tous=20 =E9taient forc=E9s de reconna=EEtre qu'Ali Zayn Abidine =E9tait bien le = digne descendant=20 de l'Envoy=E9 de Dieu. Yazid se rendit compte des sentiments qui = animaient les=20 gens pr=E9sents. Il craignit que certains ne songent =E0 le renverser = pour installer=20 sur le tr=F4ne le fils de l'Imam Houssein. Le caract=E8re rus=E9 qu'il = avait h=E9rit=E9 de=20 son p=E8re vint =E0 son secours. Il =E9clata de rire.

- Ali, tu me bl=E2mes! Mais n'est-ce pas Dieu Lui = m=EAme Qui a fait=20 mourir ton p=E8re? N'est-ce pas Dieu Qui l'a puni pour s'=EAtre = rebell=E9 contre le=20 Commandeur des Croyants?

- Non tyran! Ne d=E9forme pas les Versets coraniques. = Ne change=20 pas leur signification! Dans Son Infinie Sagesse, Dieu donne =E0 chacun = le temps=20 et les occasions pour agir en bien ou en mal, avec justice ou en = oppresseur. Le=20 Ch=E2timent Divin atteint toujours les tyrans, t=F4t ou tard! Le Saint = Coran ne=20 raconte-t-il pas les tribulations des Proph=E8tes, qui ont souffert = mille maux de=20 la part des peuples auxquels ils avaient =E9t=E9 envoy=E9s?

Yazid ne savait que r=E9pondre. Son esprit =E9tait = trop imbib=E9=20 d'alcool pour trouver une r=E9plique. Un courtisan, toujours =E0 = l'aff=FBt d'obtenir=20 une faveur, eut une id=E9e pour faire baisser la tension qui montait=20 dangereusement: Il s'avan=E7a vers le tr=F4ne et, se prosternant aux = pieds de Yazid,=20 demanda:

- O Commandeur des Croyants! O mon Ma=EEtre! = J'implore ta Majest=E9=20 de m'accorder une r=E9compense pour les services que je lui ai rendus. = Offre-moi=20 en esclave Soukeina, la fille de Houssein.

Zaynab serra Soukeina dans ses bras. Elle = r=E9pliqua:

- Pour qui te prends-tu, minable larbin de Yazid? = As-tu perdu=20 tout sens de la mesure? Crois-tu =EAtre d'une si haute naissance que = l'on te donne=20 en esclave la petite-fille du Proph=E8te?

- Tais-toi, coupa Yazid! C'est moi qui d=E9cide ici, = et je fais=20 ce que je veux!

- Non, Yazid. Ce n'est pas toi qui commandes! Ni ici, = ni=20 ailleurs! Dieu ne te laisserait commettre une telle abomination que si = tu=20 rejetais publiquement l'Islam et embrassais une autre religion.

- C'est =E0 moi que tu parles de la sorte? A moi, le = Commandeur=20 des Croyants? C'est ton p=E8re, qui est sorti de la Religion, et aussi = ton=20 fr=E8re!

- Tu mens, ennemi de Dieu! Tu te pr=E9tends le = Commandeur des=20 Croyants alors que tu ordonnes l'injustice, que tu combats la vertu, que = tu=20 opprimes les faibles sans d=E9fense!

Le courtisan insista:

- Donne-moi cette fille...

Yazid le repoussa:

- Reste plut=F4t c=E9libataire! Que Dieu te donne la = mort!

***

Le cachot =E9tait plong=E9 dans l'obscurit=E9. = Pourtant au dehors,=20 brillait un soleil =E9blouissant. L'Imam Ali Zayn Abidine priait, le = front pos=E9=20 sur le sol. Les autres survivants de la Famille du Proph=E8te aussi = priaient, dans=20 les t=E9n=E8bres de la prison. Zaynab priait assise, tant ses forces = avaient=20 d=E9clin=E9. La nourriture =E9tait si mesur=E9e qu'elle laissait sa = maigre part aux=20 enfants, se contentant pour elle-m=EAme d'un peu d'eau. Elle =E9tait = trop faible=20 maintenant pour tenir debout.

Les heures passaient. Les prisonniers priaient = toujours. Ils=20 n'interrompaient leurs actes de d=E9votion que pour pleurer am=E8rement = au souvenir=20 des =EAtres chers qu'ils avaient perdus =E0 Karbala. Dehors la nuit = avait succ=E9d=E9 au=20 jour, mais qu'est-ce que cela changeait dans la nuit du cachot ?

Un cri et des pleurs redoubl=E9s attir=E8rent Zaynab = pr=E8s de=20 Soukeina.

- Ma tante! Dans mon r=EAve j'ai vu mon p=E8re! Je ne = l'avais pas=20 vu depuis qu'il m'a quitt=E9, ce jour horrible... Alors je lui ai tout = racont=E9.=20 Tout ce que nous avons endur=E9 jusqu'=E0 aujourd'hui. Il m'a dit : = "Soukeina, tes=20 souffrances ont assez dur=E9! Soukeina, ma fille ch=E9rie, je suis venu = te=20 chercher!"

Soukeina =E9clata en sanglots. Alors toutes les = femmes, et les=20 enfants aussi se mirent =E0 sangloter. Yazid, qui passait =E0 ce = moment-l=E0 pr=E8s d'un=20 soupirail de la prison, demanda ce qui se passait. Des gardes lui dirent = que=20 Soukeina, la fille de l'Imam Houssein voulait voir le visage de son = p=E8re. Yazid=20 donna des ordres.

Des gardes entr=E8rent bient=F4t dans le cachot. L'un = d'eux portait=20 un plateau d'argent recouvert d'une =E9toffe de soie. Le garde d=E9posa = le plateau=20 devant Soukeina. Il retira l'=E9toffe. La torche qu'il brandissait = =E9claira la t=EAte=20 de l'Imam Houssein.

Soukeina s'empara de la t=EAte de son p=E8re. Elle la = serra contre=20 elle, l'embrassant comme elle l'avait embrass=E9e des milliers de fois = quand il=20 =E9tait vivant. Au bout d'un moment ses sanglots se calm=E8rent.

Zaynab s'approcha de Soukeina qui =E9tait immobile,=20 recroquevill=E9e autour de la relique de l'Imam.

- Soukeina ma fille, ne reste pas ainsi courb=E9e sur = la t=EAte de=20 ton p=E8re.

Soukeina ne r=E9pondait pas. Zaynab voulut secouer = doucement=20 l'=E9paule de l'enfant. Mais Soukeina avait cess=E9 de vivre. Son p=E8re = tant aim=E9=20 avait tenu la promesse qu'il lui avait faite en r=EAve. Maintenant elle = =E9tait avec=20 lui, au Paradis.

***

Les rapports de sa police ne laissaient pas de = pr=E9occuper=20 Yazid. Trop de gens murmuraient contre lui. Trop de rumeurs circulaient = =E0 propos=20 du sort cruel qu'il avait inflig=E9 =E0 la Famille du Proph=E8te. Des = femmes allaient=20 m=EAme jusqu'=E0 traiter de l=E2ches leurs maris parce qu'ils ne = s'opposaient pas au=20 tyran.

Yazid avait perdu le sommeil. Il craignait maintenant = s=E9rieusement d'=EAtre renvers=E9. Malgr=E9 presque cinquante ans de = pr=E9sence omayyade,=20 malgr=E9 un quart de si=E8cle de pouvoir absolu, aux mains de son p=E8re = d'abord,=20 ensuite entre .les siennes, malgr=E9 tous les efforts d=E9ploy=E9s pour = inculquer aux=20 masses la haine de la Famille du Proph=E8te, d'Ali, de Hassan, de = Houssein, malgr=E9=20 la crainte, =E0 d=E9faut d'amour; qu'=E9prouvaient les gens pour les = descendants=20 d'Abou Soufiane, malgr=E9 tout cela, dans son fief de Damas, Yazid = tremblait pour=20 son tr=F4ne!

Alors il d=E9cida de faire sortir de prison les = survivants du=20 massacre. Il affirma publiquement qu'on l'avait tromp=E9, que Houssein = n'=E9tait pas=20 aussi rebelle qu'on le lui avait dit. Il jura que jamais il n'avait = ordonn=E9=20 qu'on tue le petit-fils du Proph=E8te et que si lui, Yazid, avait = =E9t=E9 pr=E9sent =E0=20 Karbala, il n'aurait pas permis qu'on lui fasse ce qu'on lui avait fait. = Il=20 offrit =E0 Ali Zayn Abidine, =E0 Zaynab, =E0 Kolsoum, =E0 toutes et =E0 = tous de leur=20 donner tout ce qu'ils pourraient souhaiter. La seule chose qu'Ali Zayn = Abidine=20 et les Gens de la Maison du Proph=E8te demand=E8rent fut qu'on leur = restitue les=20 pauvres biens qu'on leur avait vol=E9s. Ils emport=E8rent avec eux ces = reliques, et=20 aussi les t=E8tes des Martyrs.

Voyageant de nuit, et accompagn=E9s d'une escorte qui = =E9loignait=20 d'eux tous les importuns, ils revinrent sur le lieu du Sacrifice, dans = la plaine=20 de Karbala. Ils enterr=E8rent les t=EAtes aupr=E8s des corps des = Martyrs. Des pasteurs=20 nomades avaient vaguement recouvert de sable les cadavres mutil=E9s, et = un=20 Compagnon du Saint Proph=E8te, Jaber fils d'Abdallah Ansari, leur avait = donn=E9 une=20 v=E9ritable s=E9pulture.

L'Imam Ali Zayn Abidine, et les femmes et les enfants = de la=20 Famille du Proph=E8te, regagn=E8rent ensuite M=E9dine. Ils y = arriv=E8rent le 8 du mois=20 de Rabioul-Awwal de l'an 61 de l'h=E9gire... M=E9dine qu'ils avaient = quitt=E9e six=20 mois et demi plus t=F4t, le 28 Rajab de l'an 60, derri=E8re l'Imam = Houssein.

***

Un an apr=E8s le Sacrifice de l'Imam Houssein, les = habitants de=20 M=E9dine se soulev=E8rent contre le dictateur impie. Ils d=E9mirent son = gouverneur,=20 qu'ils remplac=E8rent par Abdallah fils de Hanzalah. L'arm=E9e de Yazid = attaqua la=20 ville du Proph=E8te. Yazid livra la cit=E9 =E0 ses soldats durant trois = jours. Plus de=20 dix-s=E9pt mille M=E9dinois furent massacr=E9s, les maisons et les = magasins pill=E9s, et=20 les femmes musulmanes viol=E9es.

"Mille femmes sont devenues enceintes pendant ces = jours-l=E0. et=20 elles n'=E9taient pas mari=E9es..." L'ann=E9e suivante, un autre = soul=E8vement eut lieu.=20 Le chef des insurg=E9s =E9tait Abdallah fils de Zobayr. La m=EAme = arm=E9e qui avait s=E9vi=20 dans la ville sainte du Messager de Dieu marcha sur la Sainte Mecque, = o=F9 le fils=20 de Zobayr s'=E9tait retranch=E9. Les catapultes, les balistes et autres = machines de=20 guerre de l'arm=E9e omayyade lanc=E8rent tant de projectiles contre la = Sainte Kaaba=20 qu'un mur s'effondra et qu'un incendie ravagea la Maison de Dieu.

Dans les jours qui suivirent cette profanation = inexpiable,=20 Yazid mourut.

***

Selon Ibn Kathir, lorsqu'on lui demanda s'il =E9tait = licite de=20 maudire Yazid, Ahmad ibn Hanbal, l'un des quatre moujtahed sunnites,=20 r=E9pondit:

- Comment ne maudirais je pas celui que Dieu = Lui-m=EAme=20 maudit?

Certes Dieu et Ses Anges prient sur le Proph=E8te! O = vous qui=20 croyez! Priez sur lui et adressez-lui des salutations de Paix! O mon = Dieu! Prie=20 sur Mohammad et sur la Famille de Mohammad!

 

Selon les Traditions remontant au Saint Proph=E8te, = ces deux=20 Imams sont, tous deux, infaillibles et Dirigeants de l'Islam. Pourtant, = ils=20 semblent diff=E9rents l'un de l'autre dans leur attitude face =E0 la = d=E9viation.=20 D'aucuns sont all=E9s jusqu'=E0 dire qu'il y a une diff=E9rence d'autant = plus nette=20 entre leur vision et leur m=E9thode d'approche respectives que l'Imam = al-Hassan,=20 bien qu'il e=FBt =E0 sa disposition une arm=E9e forte de quarante mille = hommes,=20 conclut un trait=E9 de paix avec Mo`=E2wiyah, alors que l'Imam = al-Houssein, avec en=20 tout et pour tout =E0 peine une quarantaine de partisans et quelques-uns = de ses=20 proches, se souleva pour d=E9fendre l'Islam, et n'h=E9sita pas =E0 = sacrifier sa vie et=20 celle de ses compagnons et de ses proches, y compris son nouveau-n=E9. = Lorsqu'on=20 examine plus profond=E9ment la situation, on constate avec certitude = qu'une telle=20 opinion est compl=E8tement absurde car, en fait, si l'Imam al-Hassan = passa neuf=20 ans et demi de sa vie sous le r=E9gime de Mo'=E2wiyah sans s'opposer = ouvertement =E0=20 lui, I'Imam al-Houssein aussi passa, apr=E8s le Martyre de son fr=E8re, = environ neuf=20 ans sous le m=EAme r=E9gime sans se soulever contre lui, ni s'opposer = ouvertement =E0=20 lui.

La diff=E9rence apparente entre l'attitude de ces = deux grands=20 Dirigeants et Imams ne doit donc pas =EAtre consid=E9r=E9e comme une = diff=E9rence de=20 temp=E9rament chez les deux hommes, mais il faut plut=F4t chercher son = explication=20 dans la diff=E9rence de personnalit=E9 et d'attitude de Mo`=E2wiyah et = de son fils=20 Yazid.

La politique ou l'attitude suivie par Mo`=E2wiyah = n'=E9tait pas=20 fond=E9e sur la n=E9gligence ouverte des Enseignements islamiques. Il ne = pi=E9tinait=20 pas ouvertement les Edits de l'Islam, ni ne les m=E9prisait = publiquement. D'autre=20 part, il avait tenu =E0 =EAtre reconnu comme un Compagnon du Saint = Proph=E8te et comme=20 l'un des scribes des R=E9v=E9lations Divines. A cela s'ajoute le fait = que sa s=9Cur=20 =E9tait l'une des =E9pouses du Messager d'Allah, avec le titre de = "M=E8re des=20 Croyants", et que lui-m=EAme se vantait d'=EAtre l'oncle maternel des = Croyants. En=20 outre, il avait =E9t=E9 tenu en estime par le deuxi=E8me calife, qui = jouissait de la=20 confiance et du respect des gens.

Par ailleurs, Mo`=E2wiyah avait nomm=E9 comme = gouverneurs de=20 nombreux Compagnons du Proph=E8te, lesquels =E9taient estim=E9s par les = gens,=20 comme

Ab=FB Hurayrah, `Amr ibn al-'A=E7, Samra, Yusr et = Mughirah ibn=20 Cho'bah, etc. Ceux-ci se charg=E8rent de mobiliser l'opinion publique en = faveur de=20 Mo'=E2wiyah. Mieux, de nombreuses fausses traditions (ahadith, paroles = attribu=E9es=20 au Saint Proph=E8te) circulaient parmi les gens, leur faisant croire que = les=20 Compagnons du Saint Proph=E8te =E9taient infaillibles et leur conduite=20 incontestable, c'est-=E0-dire que quoi qu'ils puissent faire, c'=E9tait = justifi=E9. Le=20 r=E9sultat de cette man=9Cuvre fut que, quoi que Mo'=E2wiyah ait pu = faire qui=20 n=E9cessitait une justification, les Compagnons pr=E9cit=E9s - qui = =E9taient le bras=20 droit de leur protecteur - tentaient de le justifier et de lui donner un = habit=20 de l=E9galit=E9. Et, si cela n'=E9tait pas suffisant, Mo'=E2wiyah = n'h=E9sitait pas, dans=20 certains cas, =E0 r=E9duire au silence ses opposants pour r=E9gner et = agir sans=20 opposition.

Ainsi, partout o=F9 ces m=E9thodes tortueuses de = persuasion et=20 d'intimidation ne fonctionnaient pas, les partisans de Mo'=E2wiyah se = chargeaient=20 d'=E9liminer physiquement et sauvagement les opposants. C'est ainsi = qu'ils=20 assassin=E8rent atrocement des milliers de partisans de l'Imam Ali, = connus dans=20 l'Histoire sous l'appellation de "Ch=EF'at Ali", et beaucoup d'autres = Musulmans,=20 dont un bon nombre de Compagnons qui furent perfidement liquid=E9s.

Mo'=E0wiyah consid=E9rait lui-m=EAme tout ce qu'il = faisait comme=20 =E9tant justifi=E9, et il poursuivait son action patiemment et avec = pr=E9caution. Il=20 avait le talent de gagner les c=9Curs des gens par le tact, la politesse = et la=20 douceur, et ce =E0 tel point que lorsque quelqu'un l'abusait et se = querellait avec=20 lui, il ne se mettait pas en col=E8re, bien au contraire, il le = gratifiait de=20 cadeaux. Telle =E9tait la politique qu'il suivit.

En apparence, Mo'=E2wiyah montrait beaucoup de = respect pour=20 1'Imam a1-Hassan et l'Imam al-Houssein, et il leur envoyait de = pr=E9cieux cadeaux.=20 Mais d'un autre c6t=E9, dans une proclamation publique, il signifia = clairement =E0=20 tout le monde que quiconque tenterait de citer un hadith (Tradition ou = parole du=20 Saint Proph=E8te) faisant l'=E9loge des vertus et des hauts m=E9rites = des Ahlul-Bayt,=20 sa vie, ses biens et son honneur ne seraient pas =E0 l'abri, et que = quiconque=20 mettrait en =E9vidence une Tradition exaltant la position des Companons, = serait=20 g=E9n=E9reusement r=E9compens=E9.

Poussant son hostilit=E9 encore plus loin, = Mo'=E2wiyah donna=20 l'ordre =E0 toutes les personnes dirigeant les Pri=E8res en assembl=E9e = de d=E9nigrer et=20 d'injurier l'Imam Ali du haut du minbar (chaire) des Mosqu=E9es, pour = gagner des=20 r=E9compenses spirituelles pr=E9tendra-t-il. C'est aussi sur ses = instructions que=20 les partisans d=E9vou=E9s de l'Imam Ali furent assassin=E9s en masse, et = m=EAme des=20 adversaires de l'Imam Ali furent tu=E9s, tout simplement parce qu'ils = =E9taient=20 soup=E7onn=E9s d'avoir de l'amiti=E9 pour lui.

On peut d=E9duire facilement de ce qui pr=E9c=E8de = que si l'Imam=20 al-Hassan s'=E9tait soulev=E9 contre Mo`=E2wiyah, il n'aurait = r=E9colt=E9 comme fruit=20 d'une telle action aucun r=E9sultat positif, mais en revanche il aurait = gravement=20 port=E9 atteinte =E0 l'int=E9r=EAt g=E9n=E9ral de l'Islam et fourni un = pr=E9texte =E0 son=20 =E9limination physique et =E0 celle de tous ses partisans, offrant ainsi = un cadeau=20 inesp=E9r=E9 =E0 Mo'=E2wiyah dont l'objectif principal =E9tait la = disparition de toutes=20 traces des Ahlul-Bayt et de leurs partisans. Car, en raison des = circonstances=20 complexes et de la confusion g=E9n=E9rale qui pr=E9valait, un = soul=E8vement de l'Imam=20 al-Hassan aurait fort bien .pu d=E9boucher sur son assassinat par ses = propres=20 partisans. Dans un tel cas, Mo`=E2wiyah aurait lui-m=EAme fait semblant = de pleurer=20 sa mort, ce qui lui aurait attir=E9 la sympathie de tous ceux qui = savaient de la=20 v=E9n=E9ration pour le petit-fils du Saint proph=E8te, et aurait = entrain=E9 leur=20 pacification. Et il aurait en outre saisi cette occasion (de = l'assassinat de=20 l'Imam) pour opprimer les partisans de l'Imam Ali et de l'Imam al-Hassan = lui-m=EAme, sous pr=E9texte de vouloir venger sa mort. Ce sc=E9nario = avait d=E9j=E0 =E9t=E9=20 mis en sc=E8ne lors de la mort de `Othm=E2n, le troisi=E8me calife.

A la diff=E9rence de son p=E8re machiav=E9lique, = Yaz=EEd =E9tait=20 pr=E9tentieux et inconstant. Il croyait que "la force prime le droit". = L'opinion=20 publique =E9tait le dernier de ses soucis. Ainsi, le dommage = irr=E9parable qui avait=20 =E9t=E9 caus=E9 jusqu'ici, de derri=E8re le rideau, =E0 l'Islam, Yazid, = pendant la courte=20 dur=E9e de son r=E8gne, le pratiquera ouvertement et avec = insouciance.

Pendant la premi=E8re ann=E9e de son r=E8gne, il = massacra. en bon=20 gouvernant despotique, la prog=E9niture du Saint Proph=E8te.

Au cours de la deuxi=E8me ann=E9e de son r=E8gne, il = mit =E0 sac la=20 Ville Sainte de M=E9dine, et la livra =E0 son arm=E9e, c'est-=E0-dire = que ses soldats=20 dispos=E8rent librement de la vie, des biens et de l'honneur des = habitants de=20 cette ville, laquelle fut mise =E0 feu et =E0 sang pendant trois = jours.

Pendant la troisi=E8me ann=E9e de son r=E8gne, il = d=E9truisit la Sainte=20 Ka`bah, la Maison d'Allah.

C'est en cons=E9quence de ces actes sordides de Yazid = que le=20 Soul=E8vement et le Sacrifice de l'Imam al-Houssein touch=E8rent tes = c=9Curs des gens,=20 et que leur impact alla grandissant chaque jour un peu plus.

Au d=E9but, le Soul=E8vement de l'Imam al-Houssein = fut consid=E9r=E9=20 comme un mouvement r=E9volutionnaire finissant par un bain de sang ; = mais avec le=20 temps, il finit par rassembler un grand nombre de gens qui =E9taient = pr=EAts =E0 se=20 sacrifier pour la cause de la V=E9rit=E9, et par amour et respect pour = les=20 Ahlul-Bayt. C'est pour cette raison que Mo`=E2wiyah avait mis son fils = Yazid en=20 garde contre toute tentative de confrontation. Mais finalement, le = temp=E9rament=20 ha=EFssable et vaniteux de Yazid l'aveugla et l'emp=EAcha de distinguer = la=20 maladresse de la pr=E9servation de ses int=E9r=EAts.